L’EPR de Flamanville fonctionne pour la première fois à pleine puissance nucléaire

L’EPR de Flamanville vient de franchir une étape majeure : le réacteur normand a atteint sa pleine puissance nucléaire pour la première fois, marquant ainsi une avancée significative dans le chantier emblématique de l’énergie française.

Image d'une centrale nucléaire avec des tours de refroidissement et un ciel bleu, symbolisant l'innovation technologique.
Image d'illustration. Centrale nucléaire moderne sous ciel bleu — ADN

Tl;dr

  • Le réacteur EPR de Flamanville atteint sa pleine puissance.
  • 12 ans de retard et explosion des coûts à 23,7 Mds €.
  • L’EPR pourra alimenter deux millions de foyers.

Une étape symbolique pour le nucléaire français

La centrale nucléaire de Flamanville, dans le nord-ouest de la France, vient d’entrer dans une nouvelle phase. Ce dimanche, l’unité EPR 3 a, pour la première fois, atteint « 100 % de puissance nucléaire », selon l’annonce officielle de son exploitant, le groupe EDF. Un jalon majeur : à 11h37 précisément, la production électrique brute s’est élevée à 1 669 mégawatts (MW), marquant ainsi un tournant décisif après l’autorisation délivrée quelques jours plus tôt par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).

Douze années d’attente et un chantier hors normes

Démarré il y a plus d’un quart de siècle, ce projet avait fait couler beaucoup d’encre. Initialement prévu pour entrer en service en 2012, le réacteur EPR 3 a finalement été raccordé au réseau électrique français en décembre 2024. Douze ans se sont donc écoulés au-delà du calendrier annoncé au lancement. Mais c’est surtout la facture qui aura marqué les esprits : estimée à l’origine à 3,3 milliards d’euros, elle s’élève désormais à près de 23,7 milliards d’euros, selon la dernière évaluation de la Cour des comptes, chiffres arrêtés aux conditions économiques de 2023.

Poursuite des essais et perspectives

Toutefois, si le seuil symbolique des « 100 % de puissance » a été franchi ce week-end, les équipes techniques ne relâchent pas leur vigilance. Comme l’a précisé EDF, cette montée en régime doit permettre « de tester les matériels à pleine puissance, réaliser des relevés et vérifier leur bon fonctionnement ». Dans les prochaines semaines, plusieurs étapes restent à franchir : la puissance sera modulée pour continuer les essais sur différents paliers et une intervention est programmée sur un poste électrique interne – sans qu’on en connaisse encore tous les détails.

L’EPR face à ses enjeux énergétiques

Rappelons que l’EPR représente une pièce maîtresse dans le parc nucléaire national. Sa capacité impressionnante lui permettrait d’alimenter deux millions de foyers français. Cependant, il convient de distinguer la puissance brute produite – dont une partie est utilisée directement par le réacteur lui-même – de la puissance nette effectivement injectée sur le réseau électrique national.

L’exploitation commerciale complète approche donc pour ce réacteur situé face à la Manche et voisin direct des deux autres unités plus anciennes du site. Un signal fort envoyé par EDF, alors que le secteur énergétique européen cherche ses nouveaux équilibres entre sécurité d’approvisionnement et transition bas carbone.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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