En bref
- TikTok aurait désactivé un outil de sécurité pour mesurer son impact sur l’engagement.
- Un adolescent mort par suicide aurait fait partie du groupe privé de cette protection.
- Des sénateurs américains demandent des explications à TikTok avant le 1er septembre.
Le point qui coince est assez simple. En 2021, TikTok a lancé une expérience autour d’une fonction pensée pour limiter les bulles algorithmiques dans le fil « pour toi ». L’idée, à la base, consistait à éviter qu’un utilisateur enchaîne trop de vidéos d’une même catégorie, inoffensives isolément mais plus risquées lorsqu’elles s’accumulent. Sauf que la plateforme a aussi gardé cette protection hors de portée de millions d’utilisateurs afin d’observer l’effet sur l’engagement.
Un garde-fou gardé de côté pour mesurer l’engagement
Selon les éléments révélés par Bloomberg, cette mise à jour visait les schémas répétitifs de recommandations, ce qu’on appelle souvent des « filter bubbles ». Autrement dit, le genre de boucle qui enferme un compte dans un seul type de contenus.
Mais TikTok n’avait pas expliqué publiquement qu’un groupe témoin resterait sans cette fonction. Ce détail change tout, parce que le test ne portait pas seulement sur l’efficacité du dispositif, il servait aussi à mesurer son effet sur l’engagement. Et là, le dossier devient franchement lourd.
Le cas d’un adolescent mort par suicide relance l’affaire
Ce nouvel épisode prend une autre dimension avec le cas de Chase Nasca, un adolescent américain mort par suicide. D’après Bloomberg, son compte avait intégré ce groupe témoin peu avant sa mort.
Un document interne de TikTok, déjà évoqué plus tôt ce mois-ci, indique que son compte avait été entraîné dans une boucle de recommandations répétitives autour du suicide, de l’automutilation et de thèmes dépressifs, particulièrement dans la période précédant son décès. Le lien entre ce cas et l’expérience interne place la plateforme sous une pression immédiate. Pas juste un bad buzz, cette fois.
Les sénateurs veulent des réponses précises avant le 1er septembre
Dans leur courrier, les sénateurs Marsha Blackburn et Richard Blumenthal demandent à TikTok de détailler cette expérience et d’autres tests du même type. Ils veulent aussi savoir si l’entreprise a déjà renoncé à déployer une fonction de sécurité à cause d’un possible impact sur l’engagement ou sur les revenus publicitaires.
Les deux élus estiment que les dernières révélations montrent que la société connaissait les dangers liés à ses systèmes de recommandation et qu’elle a malgré tout privé des millions d’utilisateurs d’une intervention de sécurité pour en mesurer l’effet. TikTok doit répondre avant le 1er septembre 2026.
Une pression politique déjà ancienne sur la protection des mineurs
Ce n’est pas un coup de pression sorti de nulle part. Marsha Blackburn et Richard Blumenthal poussent depuis longtemps les réseaux sociaux à renforcer la protection des adolescents et soutiennent le Kids Online Safety Act, le « KOSA ».
Le test de 2021 a commencé peu après une audition au Congrès pendant laquelle un responsable des politiques publiques de TikTok avait été pressé d’en faire plus pour les enfants présents sur la plateforme. Les sénateurs jugent l’affaire d’autant plus grave que l’entreprise avait déjà été alertée sur les effets de ses algorithmes de recommandation sur les mineurs. Contacté pour réagir, TikTok n’avait pas répondu dans l’immédiat.