Le recours juridique défendu par Gabriel Attal, une vraie solution face à la pénurie de crèches ?

Image d'illustration. Construction avec des blocs colorés par de petites mainsADN
Face à la pénurie persistante de places en crèche, le Premier ministre Gabriel Attal envisage un dispositif juridique permettant aux parents d’agir. Cette proposition suscite interrogations et attentes quant à son efficacité réelle pour résoudre les difficultés d’accueil.
Tl;dr
- Le droit opposable à la garde reste inapplicable.
- Le secteur souffre d’une grave pénurie de professionnels.
- Créer 200 000 places d’accueil, un défi majeur.
Un projet ancien mais toujours en suspens
En France, la question du droit opposable à la garde d’enfants de moins de 3 ans refait surface périodiquement, mais sans jamais trouver de concrétisation réelle.
L’idée, promue initialement par Nicolas Sarkozy en 2007 puis relancée, plus récemment, par Gabriel Attal, actuel leader du parti présidentiel Renaissance, vise à garantir à chaque famille une solution d’accueil adaptée. Pourtant, ce vieux serpent de mer semble aujourd’hui encore loin de se matérialiser.
Pénurie persistante dans la petite enfance
À y regarder de plus près, les obstacles s’accumulent. La mise en place d’un tel droit est jugée « irréaliste » par de nombreux acteurs du secteur, qui pointent le manque criant de personnel.
Selon les dernières données disponibles pour 2023, plus de 10 000 postes restent vacants en crèche et environ 120 000 assistantes maternelles devraient prendre leur retraite d’ici à 2030. Résultat : dans 12 départements, moins d’un enfant sur deux bénéficie d’une solution d’accueil et près d’un quart des communes connaissent une situation très tendue.
Des ambitions affichées… et des réalités têtues
Face à l’ampleur des besoins non couverts, le gouvernement s’est fixé l’objectif ambitieux de créer 200 000 places supplémentaires, collectives ou individuelles, d’ici la fin de la décennie. Mais si l’on se fie au premier quinquennat d’Emmanuel Macron, la barre paraît haute. « Nous pensions ouvrir 30 000 places en crèches en cinq ans, mais nous arriverons à faire moitié moins », admettait le chef de l’État début 2022. Les professionnels du secteur résument la difficulté en quelques mots limpides :
- Métiers mal payés et peu valorisés ;
- Difficultés persistantes à recruter ;
- Murs construits… mais souvent vides faute de personnel.
L’exemple étranger : inspiration ou mirage ?
Certains pays européens sont parvenus à instaurer ce fameux droit opposable avec succès. L’Allemagne, notamment, a doublé sa capacité d’accueil entre 2005 et 2018 grâce à un investissement massif – plus de 11,2 milliards d’euros injectés rien qu’en formation en 2017. Plus au nord, la Suède, le Danemark ou encore l’Islande ont franchi ce cap alors même que leurs offres étaient déjà largement développées.
À l’inverse, en France, tant que l’offre n’est pas suffisamment étoffée et que les conditions salariales ne progressent pas sensiblement, le « droit opposable » risque fort de rester lettre morte – une promesse récurrente plus qu’une réalité pour les familles concernées.