Le prix du kebab flambe en France : quelles sont les raisons de cette envolée tarifaire ?

Image d'illustration. KbabADN
En France, le prix du kebab connaît une hausse marquée, oscillant désormais entre 5 et 10 euros, avec parfois des tarifs bien supérieurs. Plusieurs facteurs expliquent cette envolée qui frappe ce plat populaire autrefois bon marché.
Tl;dr
- Le prix du kebab a doublé en dix ans.
- Inflation, hausse des coûts et « gastronomisation » en cause.
- 360 millions de kebabs vendus chaque année en France.
Un menu populaire devenu un luxe du quotidien
Difficile d’ignorer la flambée des prix qui frappe aujourd’hui le kebab, ce sandwich autrefois symbole d’un repas copieux à petit budget. Alors que l’on déboursait sans sourciller cinq euros pour une formule « kebab + frites + boisson », il n’est plus rare désormais de voir l’addition grimper à huit, voire dix euros. Ce constat, relayé récemment par la députée Alma Dufour (La France insoumise) sur Instagram, suscite l’interrogation : simple effet de l’inflation, ou mutation plus profonde du secteur ?
L’après-Covid : des coûts qui explosent
Au cœur de Rennes, le restaurant King Kebab, ouvert depuis 1999, illustre bien cette évolution. Le responsable confie : « Soit on augmentait nos tarifs, soit on fermait. » Entre hausse du coût des matières premières, envolée du prix de l’énergie et loyers grimpants – jusqu’à 3 000 euros par mois actuellement contre 500 euros de moins il y a quelques années –, les restaurateurs se retrouvent piégés. Changer de fournisseur ? La démarche s’avère vaine : partout, les tarifs suivent la même courbe ascendante pour une qualité équivalente.
Kebab premium et concurrence exacerbée
Mais un autre phénomène pèse aussi sur le ticket de caisse : la montée en gamme du sandwich phare. L’historien Loïc Bienassis parle d’une véritable « gastronomisation » du secteur. Un exemple frappant : à Lyon, Pacha Kostik, patron du Made in Berliner, mise sur un kebab à la truffe affiché à 16,90 euros dans l’espoir de décrocher une distinction Gault & Millau. Les réseaux sociaux ont contribué à rendre tendance cette transformation du kebab classique en plat « premium ». Cette mutation, résume Bernard Boutboul, fondateur du cabinet Gira, s’inscrit dans une dynamique où la restauration rapide cherche à séduire une clientèle avide d’originalité et de qualité.
Cette évolution s’accompagne d’une explosion des offres disponibles sur le marché. Selon les experts interrogés, cette profusion entraîne une certaine lassitude chez les consommateurs et même un recul de la consommation dans certaines zones.
Un engouement qui ne faiblit pas… encore
Malgré tout, le succès demeure au rendez-vous. Avec 360 millions de kebabs écoulés chaque année dans l’Hexagone — soit environ quatre à cinq par habitant — selon Mondial Kebab, le sandwich conserve sa place privilégiée dans le paysage culinaire français. Pourtant, face aux hausses généralisées dans la restauration rapide (environ +20% depuis fin 2022), sa démocratisation semble aujourd’hui menacée par une logique double : celle d’un plat devenu parfois gastronomique… et celle d’une inflation difficilement maîtrisable.