Hurlevent : Jacob Elordi relance le débat autour d’Heathcliff

Le prochain film d’Emerald Fennell divise déjà. En cause, le choix de Jacob Elordi pour incarner Heathcliff, personnage au cœur d’un vieux débat.

Jacob Elordi
Image d'illustration. Jacob Elordi — Warner Bros. Pictures / PR-ADN

En bref

  • Jacob Elordi jouera Heathcliff
  • Le choix du casting divise
  • Le débat porte sur la représentation

Un livre paru en 1847 continue de provoquer des disputes très contemporaines. La nouvelle adaptation de Les Hauts de Hurlevent, mise en scène par Emerald Fennell, se retrouve déjà au centre d’une polémique sur son casting, avant même sa sortie.

Un roman ancien, un débat très actuel

Le nœud du sujet, c’est Heathcliff. Dans le roman d’Emily Brontë, le personnage est un orphelin recueilli à Liverpool, et plusieurs passages laissent planer un doute sur ses origines. Il est insulté avec des termes renvoyant notamment à une origine romani, tandis que d’autres indices suggèrent une ascendance latine ou espagnole. Rien n’est formulé noir sur blanc, mais cette ambiguïté nourrit les lectures depuis longtemps.

Pour Michael Stewart, directeur du Brontë Writing Center cité par The Telegraph, le texte accumule assez d’indices pour faire de Heathcliff un homme noir ou métis. Son point est simple, et il pèse dans le débat actuel : aujourd’hui, les questions de représentation comptent davantage dans la manière d’adapter un classique.

Le casting choisi par Emerald Fennell crispe déjà

Cette fois, c’est Jacob Elordi, acteur blanc australien vu dans Saltburn, qui a été choisi pour le rôle. Et à ses côtés, Margot Robbie doit incarner Cathy Earnshaw. Là aussi, le choix fait réagir, puisque l’actrice, blonde et trentenaire, jouera une héroïne souvent imaginée comme une brune adolescente.

Le contraste a suffi pour déclencher une avalanche de commentaires. D’un côté, il y a l’attente de fidélité au texte. De l’autre, la logique d’une adaptation de cinéma, qui assume souvent un décalage avec l’image que les lecteurs se sont construite.

Entre liberté artistique et fidélité au texte

Ce n’est pas la première adaptation à prendre ses distances avec l’apparence du personnage. En 2011, Andrea Arnold avait déjà confié le rôle principal à un acteur métis. Mais le choix actuel frappe plus fort, sans doute parce que les attentes ont changé, et parce que Emerald Fennell revendique une lecture très personnelle de l’œuvre.

La réalisatrice explique que chacun projette sa propre vision sur ce roman, et que son film correspond à celle qu’elle s’est forgée adolescente. Margot Robbie, elle, assure au sujet de son partenaire : « C’est Heathcliff. Faites-moi confiance, vous serez conquis ».

Au fond, cette controverse rappelle une chose assez nette. Les classiques ne sont pas des blocs figés. Chaque génération les relit, les déplace, parfois les bouscule. Reste au public à juger si cette nouvelle version respecte l’esprit d’Emily Brontë, ou si elle s’en éloigne trop.

Vos questions, nos réponses

Pourquoi le choix de Jacob Elordi provoque-t-il autant de réactions ?

Parce que le débat ne porte pas seulement sur un acteur connu. Il touche à l’identité même d’Heathcliff, personnage dont les origines ont toujours été discutées. En choisissant un acteur blanc, le film ravive une vieille question de lecture du roman, avec en plus les attentes actuelles autour de la représentation à l’écran.

Heathcliff est-il clairement décrit comme métis dans le roman ?

Non. Le texte d’Emily Brontë reste volontairement flou. Il sème des indices, évoque des insultes et des traits qui ont nourri plusieurs interprétations, sans jamais donner une définition nette de ses origines. C’est justement cette zone grise qui rend chaque adaptation sensible.

Le cas de Margot Robbie pose-t-il le même problème ?

Pas exactement. Pour Cathy Earnshaw, la discussion porte surtout sur l’écart entre l’image du personnage dans le roman et le profil de l’actrice choisie. Le sujet est moins lié à la représentation ethnique qu’à l’âge et à l’apparence physique.

Pourquoi cette adaptation est-elle observée de si près ?

Parce que Les Hauts de Hurlevent fait partie de ces œuvres que beaucoup de lecteurs considèrent comme intouchables, ou presque. Et aussi parce qu’Emerald Fennell, après Promising Young Woman, arrive avec une signature visuelle et narrative très identifiée. Forcément, le moindre choix est scruté.

Jordan Servan

Spécialiste Divertissement

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