La faim vous rend irritable ? La science explique pourquoi ce phénomène est si répandu

Image d'illustration. Personne contemplant un dessert et les liens émotionnels avec la nourritureADN
Il arrive fréquemment que la faim s’accompagne d’irritabilité ou de mauvaise humeur. Ce phénomène, loin d’être rare, trouve ses origines dans des mécanismes biologiques bien identifiés par les scientifiques.
Tl;dr
- La faim influence l’humeur via la perception corporelle.
- Pas de lien direct entre glycémie et humeur.
- Mieux ressentir son corps stabilise les émotions.
Un lien entre faim et humeur, plus subtil qu’on ne le pensait
Parfois, l’attente du repas suffit à vous rendre irritable. Mais d’où vient ce phénomène ? Une récente étude menée conjointement par l’hôpital universitaire de Bonn, l’université de Bonn et le CHU de Tübingen, publiée dans la revue eBioMedicine du groupe Lancet, remet en question une croyance largement répandue : la baisse de moral associée à la faim ne serait pas directement liée à la simple chute de notre glycémie.
L’intéroception, un facteur clé dans la régulation émotionnelle
Au fil des semaines, quatre-vingt-dix adultes en bonne santé ont participé à cette recherche. Les volontaires ont porté des capteurs mesurant leur taux de glucose en continu, tout en renseignant plusieurs fois par jour leur niveau de faim, de satiété et leur état d’esprit sur une application mobile. L’objectif ? Distinguer si les variations d’humeur proviennent d’un mécanisme biologique inconscient ou d’une réelle perception consciente de notre état énergétique.
L’analyse croisée des données a révélé un point central : si la baisse de la glycémie accompagne souvent une humeur plus sombre, elle n’en est pas la cause directe. Les scientifiques insistent : c’est bien la « conscience de la faim » – autrement dit, notre propre ressenti face au manque d’énergie – qui explique ce fameux coup de blues pré-repas.
Sensibilité aux signaux internes : un atout pour l’équilibre émotionnel ?
Les résultats vont plus loin encore. Les personnes capables d’identifier clairement les signaux internes liés à l’énergie (ce que l’on appelle l’intéroception) se montrent moins sujettes aux fluctuations émotionnelles provoquées par la faim. Autrement dit, mieux percevoir ce qui se passe dans son corps agirait comme un véritable bouclier contre les sautes d’humeur liées au déficit énergétique.
Voici ce que souligne le Pr Nils Kroemer, principal auteur de l’étude : « Nos résultats suggèrent que ressentir consciemment son propre corps peut agir comme une sorte de tampon pour l’humeur ». Selon lui, cette capacité renforcerait même la stabilité émotionnelle lors des variations énergétiques inévitables du quotidien.
Mieux connaître ses sensations pour mieux gérer ses émotions
Pour résumer, cette recherche éclaire sous un jour nouveau le lien entre faim et humeur : il s’agit avant tout d’une affaire de perception consciente plutôt que d’un simple automatisme biologique. Ainsi, prêter attention aux signaux corporels pourrait permettre à chacun d’apprivoiser ses émotions face au manque d’énergie — et pourquoi pas transformer ce moment désagréable en opportunité pour mieux se comprendre.