La Couleur pourpre détient un record aux Oscars que tous les réalisateurs redoutent

En 1986, le film de Steven Spielberg sur l’Amérique ségrégationniste, malgré son impact émotionnel et social, repart bredouille, illustrant les limites de diversité et les choix controversés de l’Académie.

La Couleur pourpre
Image d'illustration. La Couleur pourpre — ADN

Tl;dr

  • Steven Spielberg a longtemps été snobé par l’Académie, malgré le succès de ses films dès les années 1970.
  • Plusieurs de ses œuvres majeures, comme Rencontres du troisième type ou E.T., ont reçu des nominations sans obtenir de statuette.
  • La Couleur pourpre, malgré onze nominations et un impact durable, est repartie bredouille, illustrant les limites et injustices de l’Académie.

Un génie du cinéma face à l’Académie

Dans le paysage du cinéma américain, rares sont ceux qui suscitent autant d’admiration et de débats que Steven Spielberg. Dès les années 1970, alors qu’il révolutionnait déjà Hollywood, sa relation avec l’Academy Awards s’est révélée ambivalente. On se souvient de l’absence remarquée de Steven Spielberg dans la catégorie Meilleur réalisateur pour Les Dents de la mer en 1976. Bien que le film ait décroché une nomination pour le meilleur film, la préférence des votants est allée vers des figures telles que Federico Fellini, éclipsant ainsi l’auteur du blockbuster. Certes, la concurrence était redoutable cette année-là — avec des pointures comme Robert Altman, Stanley Kubrick, ou encore Milos Forman. Pourtant, cette omission reste gravée comme une « snobbery » difficile à digérer.

Des nominations, mais la consécration se fait attendre

Au fil des ans, l’Académie des arts et des sciences du cinéma a fini par reconnaître le talent de Spielberg, lui accordant plusieurs nominations pour la mise en scène de Rencontres du troisième type, Les Aventuriers de l’arche perdue et E.T., l’extra-terrestre. Cependant, les statuettes continuent d’échapper au réalisateur : battu par Woody Allen, puis par Warren Beatty. En 1983, c’est même la victoire de Richard Attenborough pour un Gandhi jugé sans éclat visuel qui laisse perplexe – y compris Attenborough lui-même qui aurait confié à Spielberg qu’il avait réalisé le meilleur film.

L’échec retentissant de La Couleur pourpre en 1986

L’année 1986 semblait pourtant marquer un tournant. Avec onze nominations pour son adaptation du roman d’Alice Walker, La Couleur pourpre, Steven Spielberg apparaissait prêt à prendre sa revanche. Porté par un récit fort sur l’Amérique ségrégationniste et par des performances bouleversantes, le film repartira cependant bredouille. Ce camouflet égale un record peu enviable détenu depuis 1977 par Le Tournant de la vie. Pour beaucoup, ce revers symbolise autant la difficulté persistante de Spielberg à séduire les votants que les limites flagrantes de diversité au sein même de l’Académie.

L’empreinte durable du film et bilan d’une année controversée

Face à une concurrence jugée terne (le triomphe d’Out of Africa, aujourd’hui largement oublié), certains y ont vu une forme d’injustice criante voire d’exclusion culturelle. Quarante ans après, il est frappant de constater que si certains films couronnés sont tombés dans l’oubli collectif, la portée émotionnelle et sociale du chef-d’œuvre de Steven Spielberg demeure intacte.

Jordan Servan

Spécialiste Divertissement

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