Jeux de hasard en Belgique : un marché de 1,62 milliard d’euros qui bascule en ligne

Le rapport annuel 2025 de la Commission des jeux de hasard, publié en septembre 2026, dresse un portrait contrasté du secteur belge. Le chiffre d'affaires global stagne, mais la répartition entre salles physiques et plateformes numériques change à grande vitesse.

Jeu en ligne face aux machines physiques
Image d'illustration. Le jeu physique recule face au numérique. — ADN

Dans ce contexte, un casino belge comme PepperMill, issu d’une entreprise familiale limbourgeoise et actif en ligne depuis 2022, illustre la mutation d’un secteur désormais dominé par le numérique. Tour d’horizon des chiffres, des règles et des tendances qui façonnent le jeu en Belgique.

Un marché stable en apparence

Le produit brut des jeux, c’est-à-dire les mises moins les gains redistribués, s’est établi à 1,62 milliard d’euros en 2025, contre 1,62 milliard en 2024 selon le chiffre révisé de la Commission. La variation est de moins de 0,1 %. À première vue, rien ne bouge.

Cette stabilité cache pourtant un basculement. Le segment en ligne a progressé de 5,41 % pour atteindre 964,46 millions d’euros, soit 59,51 % du total. Dans le même temps, le secteur terrestre a reculé de 7,17 %, à 656,09 millions. En d’autres termes, la croissance du numérique compense exactement l’érosion des établissements physiques.

Le terrestre recule, les cafés surtout

Le recul du terrestre n’est pas uniforme. Les casinos physiques ont vu leur produit brut progresser de 5,85 % à 152,29 millions d’euros. Ce sont les cafés, bingo compris, qui ont le plus souffert, avec une chute de 17,77 % à 196,01 millions d’euros.

Ce mouvement s’observe aussi chez les acteurs historiques. Le groupe Rus Tony, fondé en 1985 autour des jeux de café et propriétaire de la marque PepperMill, a construit son activité sur des dizaines de rachats de petits exploitants avant de regrouper ses salles de jeux limbourgeoises sous une seule enseigne en 2022, en parallèle du lancement de sa plateforme en ligne.

Le numérique attire moins de nouveaux inscrits, mais plus d’activité

L’un des enseignements les plus surprenants du rapport concerne les nouveaux joueurs. Les nouvelles inscriptions en ligne ont chuté de 43,1 %, passant de 193 342 à 110 032. La Commission attribue une partie de cette baisse au relèvement de l’âge minimum de 18 à 21 ans, entré en vigueur le 1er septembre 2024 pour l’ensemble des jeux de hasard.

Pourtant, l’activité progresse. Le nombre moyen de joueurs actifs quotidiens a augmenté de 3 % pour atteindre 160 144. Au total, 528 706 personnes différentes ont joué en ligne au moins une fois en 2025. Moins de nouveaux venus, donc, mais une base existante plus régulière.

Le poids des opérateurs sous licence A+

Les plateformes rattachées à un casino terrestre, titulaires d’une licence A+, ont vu leur produit brut grimper de 12,99 % à 554,11 millions d’euros. Les salles de jeux automatiques disposent, elles, d’une licence B+ pour leur extension en ligne. C’est le cas de PepperMill, enregistré sous le numéro B+3864 auprès de la Commission des jeux de hasard. Dans les deux cas, l’accès en ligne reste conditionné à l’existence d’un établissement physique en Belgique, ce qui distingue le modèle belge de nombreux marchés européens.

Un encadrement qui se durcit année après année

La Belgique figure parmi les pays les plus stricts d’Europe en matière de jeux de hasard, et la tendance s’est encore renforcée.

La publicité pour les jeux de hasard est largement interdite depuis l’été 2023 : hors de son propre site et de ses propres réseaux sociaux, un opérateur n’a plus le droit de se montrer. Le sponsoring sportif est en voie d’extinction, avec une période transitoire pour les clubs professionnels jusqu’à fin 2027. Dans les stades, les panneaux et affiches des opérateurs ont déjà disparu.

Depuis le 20 octobre 2022, chaque compte démarre avec un plafond de dépôt de 200 euros par semaine. Le relever demande un détour par le fichier des mauvais payeurs de la Banque nationale et trois jours de patience ; le baisser se fait sur-le-champ.

EPIS, le registre national d’exclusion

Le registre EPIS est l’outil central de la protection des joueurs. Depuis le 1er mai 2025, chaque opérateur doit consulter EPIS avant d’autoriser l’accès d’un joueur, en ligne comme en salle. Cette obligation a bloqué 715 373 visites en 2025.

Au 31 décembre 2025, 66 998 personnes étaient volontairement exclues, contre 56 458 un an plus tôt. La Commission a reçu 16 358 demandes d’exclusion volontaire en 2025, dont près de 76 % via l’application itsme, désormais le canal privilégié pour s’identifier auprès des opérateurs et pour s’exclure.

La lutte contre l’offre illégale

La Commission des jeux de hasard a également intensifié ses actions contre les sites non autorisés. En 2025, plus de 8 500 publicités illégales ont été signalées pour suppression et 370 nouveaux sites ont été ajoutés à la liste noire. Les amendes effectivement infligées ont atteint 81 100 euros.

Pour les opérateurs sous licence belge, cette pression sur l’offre illégale est une condition de survie. Un marché légal strict n’a de sens que si l’offre illégale, qui n’applique ni la limite d’âge ni le registre EPIS, est réellement entravée.

La technologie comme nouvel outil de prévention

Certains opérateurs vont au-delà des obligations légales. PepperMill a annoncé en janvier 2026 un partenariat avec la société danoise Mindway AI pour intégrer GameScanner, un système d’intelligence artificielle qui analyse les comportements de jeu afin de repérer les profils à risque avant qu’une situation ne dégénère. Le fournisseur affirme que son système retrouve au moins 87 % des situations problématiques identifiées par des experts, une performance validée par un laboratoire indépendant.

Pour Anthony Rus, CEO de PepperMill, il s’agit d’un progrès majeur en matière de jeu responsable. Dès 2022, l’entreprise présentait la prévention de la dépendance comme une priorité stratégique et disait avoir formé son service client à reconnaître les premiers signaux.

Conclusion

Le marché belge des jeux de hasard n’a pas grandi en 2025, mais il a changé de nature. Le numérique représente désormais près de 60 % du produit brut, les salles physiques reculent et les nouvelles inscriptions se raréfient sous l’effet du relèvement de l’âge minimum.

Face à ces contraintes, les opérateurs doivent composer avec une interdiction quasi totale de publicité, des limites de dépôt par défaut et un registre d’exclusion consulté en temps réel. Des acteurs locaux comme PepperMill s’y adaptent avec une licence belge et des outils de prévention.

Pour le joueur, le message des autorités est constant : jouer reste un divertissement légal à partir de 21 ans, à condition de choisir un opérateur sous licence belge, de fixer ses limites et d’utiliser les outils de pause et d’exclusion lorsque c’est nécessaire.

La rédaction

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