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Justice : le ministre Urvoas évoque « une vraie situation de sinistre »

Politique > Justice
Par Gael Brulin,  publié le 3 avril 2016 à 9h14, modifié le 3 avril 2016 à 20h57.

Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas reconnaît que son ministère n'est plus en mesure de "payer ses factures" et que la machine judiciaire risque de se "gripper", tout en reconnaissant des efforts consentis depuis 2012 dans la création de postes.

Le 27 janvier dernier, Jean-Jacques Urvoas était nommé garde des Sceaux et ministre de la Justice, un double poste que Christiane Taubira venait de quitter pour son opposition au projet de loi de déchéance de la nationalité. Un peu plus de deux mois plus tard, il décrit un ministre quasiment aux abois.

Auprès de nos confrères du JDD.fr, M. Urvoas joue la carte de la franchise et indique ainsi que son ministre ne dispose plus des fonds nécessaires pour fonctionner correctement : « Dans un souci de vérité et de transparence, il faut reconnaître que la justice est à bout de souffle. Le ministère n’a plus les moyens de payer ses factures. D’ailleurs, la direction de l’administration pénitentiaire a 36 millions d’euros de factures impayées pour des hospitalisations de détenus. Voilà la réalité. Celle d’une vraie situation de sinistre. « 

Jean-Jacques Urvoas : un ministère de la Justice ne pouvant plus « payer ses factures »

Quand on lui demande si cette situation est à imputer à celles et ceux étant passés avant lui, le nouveau ministre de la Justice préfère détailler les manques observés : « Nous avons fait énormément d’efforts depuis 2012 sur les créations de postes. En 2015, pour la première fois, il y a eu davantage de magistrats nommés que de départs à la retraite. Mais un nouveau magistrat a besoin d’un bureau, d’un téléphone et d’un greffier.

Et de poursuivre : « Or les budgets de fonctionnement n’ont pas suivi ! Les juridictions ont déjà fait baisser toutes leurs dépenses, de nettoyage et d’entretien, par exemple… Elles n’ont même plus de ressources disponibles. Je connais même un tribunal où on n’imprime plus les jugements, parce qu’il n’y a plus d’argent pour les ramettes de papier! Or on ne peut notifier un jugement que lorsqu’il est imprimé ! »

« L’État a une dette de 170 millions d’euros »

Pour Jean-Jacques Urvoas, il est possible qu’un jour, la machine judiciaire « se grippe ». Selon lui, outre les soucis financiers rencontrés par le ministère en lui-même, il convient également de se pencher sur une « autre urgence absolue », « celle des frais de justice qui rémunèrent les interprètes, les laboratoires d’analyses ADN, les experts, les frais pour les écoutes téléphoniques. Tous ces prestataires privés sont payés au minimum avec quatre mois de retard…

L’État a une dette de 170 millions d’euros. Tous ces collaborateurs du service public ne voudront plus travailler pour la justice si nous ne les payons pas ! Des experts, comme des psychiatres, nous disent déjà qu’ils n’ont pas besoin de nous pour travailler… Mais nous, nous avons absolument besoin d’eux. »

Le Récap
  • Jean-Jacques Urvoas : un ministère de la Justice ne pouvant plus « payer ses factures »
  • « L’État a une dette de 170 millions d’euros »
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