Grève et colère chez Amazon Brétigny : le Black Friday sous tension

Image d'illustration. AmazonAmazon / PR-ADN
En pleine effervescence du Black Friday, le site Amazon de Brétigny est le théâtre d’un mouvement de grève. Les salariés expriment leur mécontentement, perturbant l’activité au moment où la plateforme connaît un pic de commandes.
Tl;dr
- Grève minoritaire face à l’immense entrepôt Amazon.
- Conditions de travail dénoncées : cadences et surveillance accrues.
- Indifférence du public et turnover massif chez les salariés.
Un combat inégal sous la pluie
Sur le parking détrempé de Brétigny-sur-Orge, à l’ombre de l’imposant entrepôt d’Amazon, la scène semble presque dérisoire. Ce vendredi matin, alors que le ballet des camions témoigne de la cadence infernale du site, une quinzaine de salariés, épaulés par quelques soutiens, se sont réunis sous une modeste tente syndicale. La pluie persistante ajoute à la morosité ambiante. À peine audible, une remarque fuse : « Nous sommes peu nombreux quand même ». Le contraste est frappant : en face, ce géant logistique emploie près de 4 000 personnes et expédie chaque jour plus de 50 000 colis.
Lutte pour de meilleures conditions
Les visages serrés autour du chapiteau n’ont pas oublié les raisons de leur mobilisation. Patrice Luc, du syndicat Solidaires, résume le sentiment général : « Amazon se fait des milliards sur notre dos ». L’amertume grandit face à une récente augmentation salariale jugée dérisoire – 0,22 centimes brut mensuels lors des dernières NAO. Pour beaucoup, le quotidien se dégrade. Rita, salariée depuis six ans, confie que les cadences s’accélèrent sans cesse : un objet à trier toutes les trois secondes, jusqu’à 200 colis par heure à l’emballage. Les pauses ? Comptez trente minutes surveillées pour une journée qui peut s’étendre sur treize heures le week-end.
Pression et rotation fulgurante
La pression ne faiblit jamais. Plusieurs témoignent d’un contrôle quasi obsessionnel : rappels à l’ordre pour deux minutes de retard après la pause déjeuner ou reproches pour un passage prolongé aux toilettes. Selon Joseph Mukoko, délégué syndical SUD Amazon, certains managers n’hésitent pas à venir chercher les employés jusque dans les sanitaires si besoin. La liste des difficultés rapportées est longue :
- Troubles musculo-squelettiques
- Avertissements disciplinaires récurrents
- Turnover massif – rares sont ceux qui restent plus d’un an
À cela s’ajoute la peur dans les rangs. On évoque deux licenciements suspects après une précédente manifestation ; d’autres dénoncent un manque d’engagement des syndicats concurrents.
L’indifférence en toile de fond
Côté direction, Amazon France met en avant un salaire horaire supérieur au Smic et un package attractif après deux ans en CDI. Mais les grévistes relativisent : selon eux, rares sont ceux qui atteignent ces seuils tant la rotation est importante. En toile de fond, l’indifférence des clients pèse lourdement sur le moral. Comme le résume amèrement Enzo : « Quand le consommateur va sur Amazon pour Noël, il pensera toujours au prix, pas à nous ». Au final, la grève passe inaperçue dans la frénésie du Black Friday ; sur place, aucune perturbation n’est officiellement relevée. Pour ces salariés isolés sous leur tente battue par la pluie, la lutte reste surtout celle d’une poignée contre une machine bien huilée – indifférente aux rafales comme aux revendications.