En bref
- Vinton Cerf, l’un des pères d’Internet et vice-président de Google depuis 2005, s’apprête à prendre sa retraite.
- Connu pour avoir co-développé le protocole TCP/IP, il a joué un rôle majeur dans la création de l’Internet moderne.
- Avant son départ, Vinton Cerf a plaidé pour des standards communs afin de garantir une coopération fiable entre les futurs agents d’IA.
Le départ de Vinton Cerf ne ressemble pas à une retraite comme les autres. À 83 ans, celui qu’on associe depuis des décennies aux fondations techniques d’internet quittera Google d’ici les prochains jours, après plus de vingt ans passés dans l’entreprise.
Un pionnier d’internet s’apprête à quitter Google
L’annonce a été faite lors de la conférence Open Frontier, organisée par le Laude Institute. C’est Dave Patterson, professeur à UC Berkeley et co-développeur de l’architecture processeur RISC, qui a révélé publiquement que Vinton Cerf allait prendre sa retraite. La salle a applaudi, après une formule assez sèche et plutôt drôle sur une carrière relativement réussie.
Chez Google, Vinton Cerf occupait depuis 2005 le poste de vice-président et de chief internet evangelist. L’entreprise n’avait pas répondu aux sollicitations au moment des faits.
Pourquoi son nom compte encore autant ?
Si son départ marque autant, c’est parce que Vinton Cerf n’est pas juste un dirigeant de plus dans la tech. Avec Robert Kahn, il est crédité comme l’un des architectes des protocoles réseau devenus l’internet moderne.
Son travail sur TCP/IP, lancé à partir des années 1970, a permis à des réseaux informatiques différents de communiquer entre eux avec un ensemble de règles communes. C’est la base. Et une base assez solide pour lui valoir, au fil des années, des diplômes honorifiques, la Presidential Medal of Freedom et un Turing Award. Pas mal de distinctions pour quelqu’un qui a surtout aidé les machines à se parler correctement.
Au milieu du boom de l’IA, Vinton Cerf défend le retour des standards
Le panel réunissait aussi François Chollet, John Ousterhout, Matei Zaharia et Dave Patterson, autour d’un sujet très concret, construire des projets open source capables de durer. En toile de fond, un débat de plus en plus brûlant sur la centralisation des modèles avancés d’IA dans un petit nombre de laboratoires très dotés.
Là, Vinton Cerf a défendu une idée simple, la montée des agents d’IA, ces logiciels capables d’agir seuls et de coopérer, va pousser les entreprises à revenir vers l’interopérabilité, la standardisation et la composabilité. En gros, plus les agents seront nombreux et issus d’acteurs différents, plus il faudra des règles communes.
Le langage naturel ne suffira pas, selon lui
D’autres intervenants imaginaient que des agents fondés sur les grands modèles de langage pourraient simplement échanger en langage naturel. Vinton Cerf, lui, n’y croit pas vraiment. Il a expliqué que l’anglais offre de la souplesse, mais aussi beaucoup d’ambiguïté, et que la précision sera cruciale pour des interactions entre agents.
Il a même comparé ce risque au jeu du téléphone arabe, avec un message qui se déforme à mesure qu’il passe d’un interlocuteur à l’autre. Pour lui, des standards formels seront nécessaires afin qu’un agent sache exactement ce que l’autre a compris et accepté.
Une sortie sobre, avec une touche de style
Le moment a aussi eu une note plus légère. Dave Patterson a raconté qu’il gardait de Vinton Cerf le souvenir du scientifique le mieux habillé qu’il ait rencontré, déjà en chemise, cravate et même gilet dans les années 1970.
Vinton Cerf a confirmé, en expliquant qu’il avait toujours voulu se faire remarquer, non pas avec les codes classiques de l’époque, mais en s’habillant différemment. Une sortie discrète, donc. Mais pour l’histoire du web, clairement, ce n’est pas un départ anodin.