Et si les militaires n’avaient plus besoin du GPS ?

L’US Army confie environ 10 millions d’euros à Tern, une start-up d’Austin qui promet une navigation militaire sans GPS.

Armée américaine
Image d'illustration. Armée américaine — ADN

En bref

  • L’armée américaine cherche une solution de navigation capable de fonctionner sans GPS.
  • Tern utilise les données des véhicules pour calculer leur position, même en cas de brouillage.
  • La start-up a obtenu un contrat de 11,26 millions de dollars pour équiper des véhicules militaires.

Le vrai sujet, ce n’est pas juste un contrat de plus dans la défense. C’est le GPS, devenu beaucoup moins intouchable qu’on l’imagine. Entre les brouillages signalés au Moyen-Orient et ceux observés dans le ciel au-dessus de l’Ukraine et de la Russie, l’US Army cherche une solution qui continue de tenir quand le signal lâche.

Pourquoi le GPS inquiète de plus en plus ?

L’armée américaine arrive à ce contrat dans un contexte tendu. Les perturbations du GPS se multiplient, et l’armée américaine elle-même aurait aussi expérimenté le brouillage. Ces tests pourraient même avoir contribué au crash mortel d’un avion d’évacuation médicale plus tôt cette année.

À Washington, le sujet n’est pas nouveau. Le Congrès et le président américain Donald Trump, durant son premier mandat, avaient déjà poussé des initiatives pour développer des technologies de navigation militaire capables de fonctionner sans GPS. Bref, l’idée n’arrive pas de nulle part.

Le système de Tern branché directement au véhicule

La promesse de Tern repose sur quelque chose d’assez simple à comprendre sur le papier. Les véhicules modernes produisent énormément de données pendant qu’ils roulent, et la start-up d’Austin utilise une partie de ces informations pour calculer la position sans dépendre du GPS.

Shaun Moore, cofondateur et directeur général de Tern, explique que l’entreprise fournit un appareil branché sur la carte de diagnostic du véhicule, relié à une tablette qui sert d’interface au soldat. Cette tablette affiche ensuite la position, la navigation et l’itinéraire.

Selon lui, le système écoute ces données de façon passive, sans perturber leur circulation. L’entreprise s’appuie ensuite sur des méthodes propriétaires pour les convertir en coordonnées de latitude et longitude.

Un contrat à environ 10 millions de dollars pour un déploiement encore flou

Le montant annoncé atteint 11,26 millions de dollars. Le contrat prévoit l’usage de cette technologie dans des véhicules de l’US Army.

En revanche, Tern ne dit pas encore à quelle échelle ce déploiement va se faire. La société décrit son outil comme une sorte de Google Maps pour le champ de bataille, mais garde le détail du périmètre pour elle.

Une techno pensée pour tenir là où le GPS décroche

Le point fort mis en avant par Tern, c’est l’autonomie du système. Grâce à un traitement effectué en local, le véhicule peut déterminer sa propre position, sur route comme hors route, y compris dans des tunnels ou dans le désert.

Brett Harrison, cofondateur de l’entreprise, dit avoir testé la technologie sur un trajet de 2 092 km entre Austin et Laguna Beach, en Californie. D’après lui, le véhicule n’a jamais perdu sa position pendant tout le trajet, alors que le GPS classique a coupé des dizaines de fois.

Autre argument, et il compte pas mal dans un usage militaire, le système est fermé. Pour Tern, cela en fait non seulement une solution de secours, mais aussi un outil plus difficile à perturber pour un adversaire.

Pour les fondateurs, la validation d’années de travail

Shaun Moore estime que le grand public ne mesure pas toujours à quel point le GPS reste fragile. Il résume assez bien cette dépendance avec une phrase très simple : « Les gens voient juste le point bleu sur leur téléphone et se disent qu’il sera toujours là ».

De son côté, Brett Harrison, vétéran de l’Afghanistan au sein d’une task force d’opérations spéciales, lie directement ce projet à son expérience sur le terrain. Pour lui, ce contrat valide des années passées à prouver que la technologie pouvait être réellement déployée, à grande échelle, et pas rester un simple projet de labo.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

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