Essais nucléaires : Les indépendantistes polynésiens portent plainte contre la France pour crimes contre l’humanité
L'annonce a été faite mardi lors d'une réunion sur la Polynésie française organisée au sein d'une commission de l'ONU spécialisée dans les sujets de décolonisation.
Le 2 octobre dernier, la Cour pénale internationale a reçu une plainte adressée contre la France pour crimes contre l’humanité en raison des essais nucléaires expérimentés en Polynésie entre 1966 et 1996.
C’est au cours d’une réunion sur la Polynésie française organisée au sein d’une commission de l’ONU spécialisée dans les sujets de décolonisation que l’annonce a été faite, le dirigeant indépendantiste polynésien Oscar Temaru ayant déclaré à cette occasion : « Cette poursuite en justice a pour objectif de demander des comptes à tous les présidents français vivants depuis le début des essais nucléaires contre notre pays ».
Des essais qui « nous ont été imposés »
L’ex-président a ajouté : « Pour nous, les essais nucléaires français ne sont que le résultat direct d’une colonisation. Contrairement au discours français, nous n’avons pas accepté d’accueillir ces essais, ils nous ont été imposés avec la menace directe de l’établissement d’une gouvernance militaire si nous refusions ».
S’il indique qu’un « dialogue responsable » avait depuis 2013 été recherché avec « la puissance administrative » sous l’égide des Nations unies, il affirme que les appels en direction de la France à venir à la table des discussions ont été « ignorés et méprisés ».
193 essais en 30 ans
Pour l’agence Reuters, cette plainte est vouée à ne pas aboutir, car la Cour pénale internationale (CPI) n’est apte à statuer que sur des crimes graves et répétés, commis après le 1er juillet 2002 et touchant l’ensemble de la communauté internationale. Il est du ressort seul du Conseil de sécurité de l’ONU de saisir cette juridiction pour des faits antérieurs à cette date.
Entendu par la commission de l’ONU, l’actuel président polynésien Édouard Fritch a indiqué : « J’affirme à nouveau que mon pays, la Polynésie française, est un pays autonome qui se gouverne librement et démocratiquement ». Tout en martelant que l’archipel « ne vit nullement dans une situation coloniale, ni une situation d’oppression ».
Pendant trois décennies, les atolls de Mururoa et Fangataufa ont été le théâtre de 193 essais ayant eu des effets sur la santé des populations et l’environnement. En 2010, une loi a instauré un dispositif d’indemnisation mais les associations de vétérans touchés par des maladies radio-induites avaient estimé qu’il était trop restrictif.