Des lésions cérébrales similaires à celles des prions peuvent survenir sans infection

Image d'illustration. Cerveau irm scanADN
Une nouvelle étude révèle que des lésions cérébrales similaires à celles causées par les prions peuvent se développer en l’absence de prions infectieux, suggérant que des mécanismes non infectieux pourraient également être impliqués dans la dégénérescence cérébrale.
Tl;dr
- Les prions ne seraient pas seuls responsables des maladies neurodégénératives.
- L’inflammation chronique et les protéines mal repliées jouent un rôle clé.
- Mieux contrôler l’inflammation pourrait prévenir certaines démences.
Des certitudes remises en cause
En matière de maladies neurodégénératives, l’idée reçue selon laquelle les seuls prions – ces protéines mal repliées à la fois toxiques et infectieuses – seraient responsables du tableau clinique vacille. Une étude récente menée sur des souris, dirigée par l’immunologiste Burim Ametaj de l’Université de l’Alberta, révèle en effet que certains symptômes typiques, comme les fameuses lésions spongiformes ou la présence de plaques amyloïdes, peuvent apparaître… même en l’absence totale de prions infectieux.
Le rôle inattendu de l’inflammation
Ce qui frappe dans ces travaux, c’est la place accordée à l’inflammation chronique. L’équipe s’est appuyée sur six groupes distincts de souris transgéniques pour explorer différentes combinaisons : solution saline (groupe contrôle), administration d’une endotoxine bactérienne (LPS), injection d’une forme toxique mais non infectieuse de la protéine PrP, ou association de ces facteurs avec des prions véritables. Résultat marquant : même sans la présence d’agents infectieux, le simple croisement d’une inflammation durable – induite ici par le LPS – et de protéines mal repliées suffit à déclencher une dégénérescence cérébrale similaire à celle observée dans les maladies à prions.
Nouvelles perspectives thérapeutiques ?
Cette découverte remet en question le modèle dominant qui attribuait jusqu’ici la genèse des maladies telles que la maladie de Creutzfeldt-Jakob, « la vache folle » ou certaines formes de démence, à la seule propagation des prions. Comme le souligne Ametaj : « Cela bouleverse profondément notre compréhension de ces pathologies ; ce ne sont pas uniquement des histoires de protéines infectieuses. » Si l’on ajoute que des endotoxines bactériennes ont été retrouvées dans le cerveau de patients atteints d’Alzheimer, on comprend que des approches centrées sur la réduction du fardeau inflammatoire pourraient émerger.
Pistes pour agir sur le risque
Pour éclairer ce potentiel, voici ce que suggère la recherche :
- Diminuer l’exposition aux endotoxines bactériennes
- Favoriser un mode de vie anti-inflammatoire
- Mieux surveiller les états inflammatoires chroniques dès le jeune âge
Si une part significative des cas trouve racine dans l’inflammation ou dans les précurseurs non-infectieux des prions, alors prévenir certaines pathologies neurodégénératives pourrait s’apparenter à la lutte contre les maladies cardiovasculaires : agir précocement sur les facteurs modifiables plutôt que d’attendre que le mal soit fait. Un changement de paradigme qui, au fond, redonne un peu d’espoir là où il n’y en avait guère.