En bref
- Le MIT a trouvé comment casser un spaghetti en deux
- Il faut le tordre avant de le courber
- Le résultat intéresse aussi la mécanique des fractures
Casser un spaghetti en deux, et seulement en deux, n’avait rien d’évident. Des chercheurs du MIT ont fini par trouver la bonne méthode, après avoir testé plus de 500 spaghetti dans une expérience très contrôlée. Le détail compte, parce qu’il règle une question de physique qui traînait depuis des années.
La bonne recette pour n’obtenir que deux morceaux
La technique est simple à dire, moins à exécuter. Il faut tordre le spaghetti à 360°, puis le courber doucement jusqu’à la rupture. C’est cette combinaison, et pas un simple pliage, qui permet d’éviter les cassures en chaîne.
Chez Ronald Heisser et Vishal Patil, les tests ne se faisaient pas à la main. Chaque spaghetti était maintenu par deux pinces. L’une appliquait une rotation plus ou moins forte, l’autre courbait le bâtonnet jusqu’à ce qu’il casse. Résultat, une méthode nette pour obtenir les deux morceaux que l’on n’arrive presque jamais à avoir en cuisine.
Pourquoi le spaghetti se casse presque toujours plus d’une fois
Si le spaghetti part souvent en trois ou quatre morceaux, ce n’est pas un hasard. En 2005, Basile Audoly et Sébastien Neukirch, deux scientifiques français du laboratoire de modélisation mécanique de l’université Pierre et Marie-Curie à Paris, avaient expliqué le phénomène.
Leur conclusion tenait à une onde de surcourbure qui apparaît pendant le pliage. En clair, une première rupture libère une énergie qui repart dans le spaghetti et provoque d’autres cassures presque aussitôt. C’est pour cela qu’un spaghetti ne se contente pas, en temps normal, de casser une seule fois.
D’après Jörn Dunkel, professeur associé et cosignataire de l’étude, la torsion se propage plus vite que cette onde de surcourbure. Elle en dissipe l’énergie, ce qui empêche les ruptures supplémentaires.
Une vieille énigme de cuisine avec des suites très sérieuses
L’histoire remonte loin. Richard Feynman, physicien américain récompensé par le prix Nobel en 1965, avait remarqué que les spaghetti qu’il cassait ne finissaient jamais en seulement deux morceaux. L’observation avait l’air anecdotique. Elle ne l’était pas vraiment.
Parce qu’au bout du compte, cette mécanique de la rupture peut servir ailleurs. Les chercheurs estiment qu’elle pourrait aider à mieux comprendre certaines situations liées au saut à la perche, mais aussi les fractures osseuses. Comme souvent, une question de cuisine mène à quelque chose de beaucoup plus large.
Vos questions, nos réponses
Pourquoi faut-il tordre le spaghetti avant de le plier ?
La torsion change la manière dont l’énergie circule dans le spaghetti au moment de la casse. Ici, elle se propage plus vite que l’onde de surcourbure repérée lors d’un simple pliage. C’est ce décalage qui limite les ruptures supplémentaires.
Pourquoi les chercheurs ont-ils utilisé des pinces ?
Les pinces permettent de contrôler séparément deux gestes, la rotation d’un côté et la courbure de l’autre. À la main, on reproduit mal la même force d’un essai à l’autre. Pour une étude de mécanique, cette précision change tout.
Qu’est-ce qu’une onde de surcourbure ?
C’est la déformation brutale qui traverse le spaghetti juste après une première rupture. Cette onde transporte assez d’énergie pour provoquer d’autres cassures presque immédiatement. C’est elle qui explique les trois ou quatre morceaux obtenus la plupart du temps.
Pourquoi cette expérience intéresse autre chose que les pâtes ?
Parce qu’elle porte sur la façon dont un objet long et fin casse sous contrainte. Ce type de comportement ne vaut pas seulement pour un spaghetti. Les chercheurs citent le saut à la perche et la compréhension des fractures osseuses, deux cas où la propagation des forces compte beaucoup.