Canicule : Uber Eats et Deliveroo suspendent les livraisons l’après-midi

Uber Eats et Deliveroo vont suspendre les livraisons entre 14h et 18h dans les départements en vigilance rouge. Une mesure de protection qui relance le débat sur les revenus des livreurs.

Livreur immobile devant une rue brûlante
Image d'illustration. Les arrêts relancent la question des revenus. — ADN

En bref

  • Livraisons stoppées de 14h à 18h
  • Mesure limitée aux zones en vigilance rouge
  • Le revenu des livreurs reste en question

Uber Eats et Deliveroo vont suspendre les livraisons de repas entre 14h00 et 18h00 dans les départements placés en vigilance rouge canicule. La mesure s’appliquera ce week-end, alors que plusieurs zones de l’ouest et de la région parisienne font face à de très fortes chaleurs.

Une coupure aux heures les plus chaudes

Les deux plateformes ont expliqué que ces créneaux avaient été choisis pour protéger les livreurs, très exposés parce qu’ils travaillent en extérieur, souvent à vélo. Uber Eats a fait savoir que l’objectif était de trouver un équilibre entre la sécurité, présentée comme prioritaire, et la limitation de la perte de revenus. Deliveroo, de son côté, n’a pas souhaité commenter davantage.

La décision répond aussi à une demande formulée ces derniers jours par le secteur. La semaine précédente, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou avait demandé aux deux leaders du marché de prendre des mesures face aux températures extrêmes.

Des départements plus nombreux dès samedi

Dès vendredi, la liste communiquée pour la vigilance rouge comprend les Deux-Sèvres, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Mayenne, le Morbihan, la Sarthe et la Vendée.

Samedi, le dispositif s’étend à 24 départements. Sont concernés le Cher, l’Indre, l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher, le Loiret, l’Eure-et-Loir, l’Essonne, les Hauts-de-Seine, Paris, la Seine-Saint-Denis, la Seine-et-Marne, le Val-d’Oise, le Val-de-Marne et les Yvelines, mais aussi les départements déjà cités la veille ainsi que l’Orne et la Vienne.

Une protection saluée, mais un manque sur la rémunération

Jean-Pierre Farandou a salué auprès de l’AFP un « pas important ». Le ministre appelle aussi les restaurants partenaires à ouvrir l’accès à l’eau et à des espaces frais pour les livreurs.

Mais la mesure ne fait pas l’unanimité. Pour Ludovic Rioux, de la CGT, elle fragilise davantage des travailleurs déjà précaires, faute de revenu de remplacement. La mairie de Paris avait d’ailleurs demandé fin juin aux plateformes de prévoir une rémunération minimale quand la météo impose de ralentir ou d’arrêter l’activité.

Même ligne, avec une nuance, du côté de Fabian Tosolini, représentant d’Union-Indépendants. Il approuve la suspension, mais réclame aussi une réduction des zones de livraison et du poids des commandes entre 12h00 et 14h00, période qui concentre la majorité des commandes.

Le statut des livreurs revient au centre du débat

Cette séquence remet en lumière un point connu. Le décret adopté en 2025 pour renforcer la protection des salariés lors des fortes chaleurs ne couvre pas Uber Eats ni Deliveroo, car leurs livreurs ont un statut d’indépendants, souvent en micro-entreprise.

En France, syndicats, associations et ONG dénoncent depuis longtemps des conditions de travail jugées pénibles, excessives et parfois dangereuses, pour des revenus insuffisants. S’ajoute la critique de l’algorithme qui fixe le prix des courses et leur attribution, avec l’idée qu’il crée une forme de subordination. Et au niveau européen, une législation adoptée fin 2024 doit renforcer les droits de ces travailleurs. La France doit la transposer avant le 2 décembre.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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