En bref
- Les cadres dépassent 4 millions dans le privé
- Ils sont moins souvent managers qu’avant
- Leurs parcours restent exposés aux tensions
Le mot cadre évoque encore souvent un chef d’équipe. En réalité, ce portrait colle de moins en moins au marché du travail. En France, la majorité des cadres du privé est désormais composée d’experts davantage que de managers, d’après une étude publiée mardi par l’Apec.
Le cadre type n’est plus forcément un chef
C’est le glissement le plus net de l’étude. La part des cadres qui supervisent d’autres salariés a reculé à 42 % en 2020, contre 53 % en 2006. Autrement dit, le statut cadre ne rime plus automatiquement avec management.
Annelore Coury, directrice générale de l’Apec, souligne que la population cadre est aujourd’hui majoritairement composée d’experts. Ce basculement change l’image de la catégorie, sans effacer ce qui la distingue encore dans l’entreprise.
Une catégorie qui a changé d’échelle en cinquante ans
Le mouvement est massif. Les cadres sont désormais plus de quatre millions dans le secteur privé. Leurs effectifs ont plus que quintuplé depuis 1968.
Dans le détail, ils représentaient 7 % des salariés du privé en 1968, contre 23 % en 2020. Cette progression ne concerne pas un seul pan de l’économie. Elle s’observe autant dans l’industrie que dans le tertiaire, avec une accélération particulièrement forte dans l’informatique. Dans ce secteur, les effectifs de cadres ont été multipliés par dix depuis le début des années 1980, précise Annelore Coury.
Plus de femmes, mais pas encore au même niveau
Cette montée en puissance s’est accompagnée d’une diversification du profil des cadres. La féminisation en fait partie. Les femmes représentent désormais 38 % des cadres.
L’évolution s’explique notamment par la hausse de leur taux d’activité sur un demi-siècle et par un niveau de diplôme plus élevé. Mais l’écart reste visible. Chez les non-cadres, les femmes pèsent 45 % des effectifs.
Autonomie, pression et fragilités de carrière
Malgré des profils très variés, les cadres continuent de se reconnaître dans des repères communs. Les enquêtes en ligne menées par l’Apec auprès de 2.000 cadres et 3.000 non-cadres montrent que le sentiment d’appartenance reste fort, autour de la responsabilité, de l’autonomie et de la rémunération.
Le télétravail a renforcé cette autonomie, mais il n’a pas allégé la pression. Les cadres décrivent aussi une position inconfortable, entre les demandes de la direction, les attentes des collaborateurs et un travail qui déborde sur la vie personnelle.
Et les avantages matériels ne suffisent pas à sécuriser les parcours. Moins exposés aux risques physiques et mieux rémunérés, les cadres n’ont pas pour autant des carrières linéaires. Annelore Coury rappelle que les plus de 50 ans sont davantage touchés par le chômage que les autres catégories, tandis que l’insertion des jeunes s’est compliquée. Fin août, un baromètre de l’Apec signalait déjà un ralentissement des intentions de recrutement de cadres, à leur plus bas niveau depuis 2020 dans les grandes entreprises, sur fond d’incertitudes économiques.