En bref
- L’Etat prendra 2,1 milliards à l’Unédic en 2027
- Douze milliards ont déjà été prélevés depuis 2023
- La dette resterait très élevée malgré les excédents
Chercher des économies pour boucler un budget, c’est une chose. Les trouver dans les comptes de l’assurance chômage en est une autre. Pour 2027, l’Etat prévoit de récupérer les 2,1 milliards d’euros d’excédent attendus par l’Unédic, l’organisme qui gère le régime.
L’annonce a été faite par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Il a expliqué que le régime d’assurance chômage devait dégager un excédent de 2,1 milliards d’euros en 2027 et que cette somme serait donc prélevée, tout en assurant que l’Unédic resterait à l’équilibre l’an prochain.
Une économie pour l’Etat, un manque à gagner pour l’Unédic
Cette décision intervient dans un contexte très simple, le gouvernement cherche de nouvelles marges pour son budget 2027. Et l’assurance chômage redevient une réserve mobilisable.
Sur le papier, l’excédent existe. Dans les faits, il ne restera donc pas à l’Unédic pour améliorer sa situation financière. C’est là que le sujet devient plus sensible, parce qu’un excédent comptable n’a pas le même sens quand un organisme porte encore une dette de grande ampleur.
Des ponctions déjà massives depuis 2023
Ce prélèvement n’arrive pas seul. Entre 2023 et 2026, les ponctions opérées sur les recettes de l’Unédic ont déjà atteint 12 milliards d’euros.
Depuis plusieurs mois, l’organisme paritaire proteste contre cette pratique. Même chose du côté des partenaires sociaux qui cogèrent le système, syndicats et patronat, déjà montés au créneau à plusieurs reprises.
Des recettes en hausse, mais une dette toujours très lourde
Le paradoxe est là. Au moment où de nouvelles recettes devaient justement aider l’Unédic à se désendetter, l’Etat prélève l’excédent annoncé.
Jean-Pierre Farandou a défendu son action sur LCI, en rappelant s’être beaucoup battu pour ramener l’Unédic à l’équilibre. Il met en avant la réduction de la durée maximale d’indemnisation après une rupture conventionnelle, passée de 18 à 15 mois, une mesure qui doit rapporter jusqu’à 800 millions d’euros par an à partir de 2029. L’organisme devrait aussi récupérer 880 millions d’euros par an grâce aux nouvelles règles européennes adoptées cette année sur l’indemnisation des travailleurs frontaliers.
Mais la dette reste massive, avec 61,5 milliards d’euros attendus fin 2026. Sans nouvelle ponction de l’Etat, l’Unédic tablait sur une baisse à 59,4 milliards fin 2027, puis à 55,4 milliards fin 2028.
Une alerte sur le recours accru à l’endettement
Le point de crispation ne concerne pas seulement 2027. La ponction prévue pour 2026, fixée à 4,1 milliards d’euros, doit déjà dépasser l’excédent anticipé cette année-là. Résultat, l’Unédic s’attend à une perte de 2,3 milliards d’euros sur l’exercice.
En juin, syndicats et patronat avaient mis en garde contre un recours accru à l’endettement, dans un contexte de taux d’intérêt élevés. Ils visaient aussi le financement de dépenses héritées d’anciennes décisions de l’Etat, notamment le chômage partiel mis en place pendant la crise sanitaire du Covid-19. Ce dossier dépasse donc la seule ligne budgétaire de 2027, il touche à la façon dont l’Etat utilise, ou non, les marges retrouvées de l’assurance chômage.