À Milan, onze maisons de luxe rattrapées par une enquête sociale

La police italienne a perquisitionné onze marques de luxe, dont Chanel et Bulgari. En cause, des soupçons sur leurs sous-traitants en Italie.

Vitrine de luxe et policiers à Milan
Image d'illustration. Le luxe milanais fait l’objet d’enquêtes. — ADN

En bref

  • Onze marques perquisitionnées à Milan
  • Sous-traitants soupçonnés d’exploiter des ouvriers chinois
  • L’enquête vise aussi la chaîne d’approvisionnement

La police italienne a mené des perquisitions à Milan dans les sièges de onze maisons de luxe. Parmi elles, Chanel, Bulgari et Etro, sur fond de soupçons visant leurs sous-traitants en Italie.

Une opération qui touche onze groupes

Le parquet milanais cible aussi Moncler, Brunello Cucinelli, Goyard Italie, Stefano Ricci et Brandart. S’ajoutent Jacob Cohen Company, Owenscorp Italia et F.Vl. Le procureur Paolo Storari a confirmé ces éléments.

Ce premier cercle montre que l’enquête ne se limite pas à une griffe ou à un atelier isolé. Elle touche une partie visible du luxe fabriqué en Italie, avec un point commun, le recours supposé à une sous-traitance défaillante.

Ce que les enquêteurs cherchent dans les ateliers

Les soupçons portent sur des entreprises intermédiaires qui auraient fait travailler des ouvriers chinois dans des conditions contraires au droit du travail italien. Les enquêteurs évoquent aussi, pour certains salariés, des logements insalubres.

Autrement dit, la question n’est pas seulement celle du coût de production. Elle touche aux salaires, au temps de travail et au contrôle réel exercé par les marques sur les ateliers auxquels elles confient une partie de leur fabrication.

Une procédure déjà élargie à d’autres noms du secteur

L’affaire s’inscrit dans une enquête plus large menée par le parquet de Milan. Cette procédure avait déjà mis au jour, dans des ateliers italiens, des manquements sur les rémunérations et les conditions de travail.

Fin 2025, le dossier avait encore gagné en ampleur. Treize grands noms du secteur étaient alors dans le viseur, dont Prada, Givenchy et Dolce et Gabbana.

Le précédent des administrations judiciaires temporaires

Ce n’est pas la première fois que la justice italienne agit. Plusieurs marques haut de gamme, parmi lesquelles Loro Piana, spécialiste du cachemire, ont déjà été placées temporairement sous administration judiciaire à cause de préoccupations liées aux conditions de travail chez leurs sous-traitants.

Ces mesures ont ensuite été levées après des efforts de contrôle accrus sur la chaîne d’approvisionnement. L’an dernier, le ministre de l’Industrie Adolfo Urso avait défendu ces groupes en jugeant que la réputation du made in Italy était « attaquée ». La suite se jouera donc aussi sur un point très concret, la capacité des maisons visées à prouver qu’elles surveillent mieux leurs ateliers.

Jérôme Nelra

Spécialiste International

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