Parlementaires français chez Assad : Valls condamne une rencontre avec « un boucher »
Les réactions se multiplient au lendemain de la visite de 4 parlementaires français à Bachar al-Assad en Syrie.
Trois parlementaires français de droite et du centre, en « mission personnelle » en Syrie depuis mardi en dépit de la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Damas, ont rencontré mercredi matin le président syrien, Bachar al-Assad.
Le voyage de parlementaires français a continué de faire des vagues jeudi, Manuel Valls condamnant une rencontre avec « un boucher », et Jean-Christophe Cambadélis voulant sanctionner un membre PS de la délégation. « Je veux condamner avec la plus grande vigueur cette initiative », a lancé le Premier ministre sur BFMTV-RMC.
« Un geste qui ne les honore pas »
Interrogé sur les autorités qu’ils avaient averties, le chef de gouvernement a répondu: « Ils ont sans doute prévenu le président de l’Assemblée, les autorités françaises, mais ce n’est pas le sujet ».
« Ils ne sont pas allés rencontrer n’importe qui. Ils sont allés rencontrer Bachar el-Assad, responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts« , s’est-il insurgé.
« Il s’agit là d’un geste qui ne les honore pas. C’est une faute, à eux d’en tirer les conséquences« , a poursuivi Manuel Valls, soulignant que « les parlementaires représentent la souveraineté nationale, ce qu’est ce pays « .
« Que des parlementaires aient ainsi, sans crier gare, rencontré un boucher« , « je crois que c’est une faute morale« .
La délégation de parlementaires en déplacement en Syrie comprend l’UMP Jacques Myard, le PS Gérard Bapt – qui n’a, lui, pas rencontré el-Assad – Jean-Pierre Vial, sénateur UMP, et François Zocchetto, sénateur centriste.
Des sanctions pour les parlementaires ?
« Boucher » : le mot a aussi été employé sur RTL par Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS. « J’ai écrit à Gérard Bapt, je le convoquerai et je prendrai des sanctions« , a poursuivi le député de Paris à propos de celui de Haute-Garonne.
Sur France Inter, ce dernier a plaidé : « c’était une visite strictement privée », un « déplacement exploratoire pour retrouver le chemin de la compréhension et de la paix ».
« Beaucoup de pays européens considèrent ce gouvernement comme fréquentable », « c’est une guerre civile », a insisté l’élu socialiste, par ailleurs médecin.
Même tonalité chez Jacques Myard sur Sud Radio: « nous sommes venus ici pour écouter, voir et échanger ». « Cet entretien s’est bien passé, nous avons passé un certain nombre de messages ». « Il y a eu hier soir la libération d’un opposant au régime syrien, j’analyse cela comme étant un geste ». « Si on veut mettre un terme à la guerre civile, on parle avec des gens avec qui on n’est pas d’accord » et « Bachar al-Assad sera partie prenante du règlement de ce conflit », a insisté l’élu des Yvelines.
« Un ennemi prioritaire, l’Etat islamique »
Son collègue UMP Henri Guaino s’est insurgé sur Europe 1: « En vertu de quoi faudrait-il les sanctionner ? »
« Je suis en désaccord sur le fond de la démarche, le fait d’aller le voir », a dit le proche de Nicolas Sarkozy qui, à titre personnel, n’aurait pas fait ce voyage. Mais il partage: « nous sommes bien obligés de dialoguer avec Bachar al-Assad dès lors que nous avons un ennemi prioritaire, l’Etat islamique ».
Mercredi l’ancien Premier ministre François Fillon avait assuré: « ils ont eu raison d’y aller, il faut écouter toutes les parties », « si j’avais l’occasion d’aller en Syrie, j’irais sûrement en Syrie ».
Sur France Inter, le vice-président du FN est allé beaucoup plus loin dans l’approbation : « une initiative qui me paraît saine, intelligente ». « J’aurais aimé que la diplomatie française officielle – si tant est qu’elle ne soit pas mêlée à cette affaire – ait cette initiative ».
Sur RFI, l’autre vice-président du FN Louis Aliot a soupiré : « que n’aurait-on pas dit si un député FN avait fait la même chose ! On aurait crié à la collusion avec la dictature ».