Auditionné le 9 juillet devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, Rodolphe Saadé a défendu une vision de long terme pour préserver l’attractivité française.
Dans un contexte international marqué par l’instabilité, le PDG du groupe de transport maritime CMA CGM plaide pour un cadre économique prévisible, une souveraineté technologique européenne renforcée et une ambition maritime à la hauteur des défis industriels et climatiques.
Devant les députés de la commission des Affaires économiques, Rodolphe Saadé a rappelé que les crises géopolitiques et logistiques ne relevaient plus de l’exception. Évoquant la situation dans le détroit d’Ormuz, le dirigeant de CMA CGM a souligné qu’elle illustrait la fragilité persistante des grandes routes commerciales mondiales. Les crises demeurent inévitables dans un environnement international durablement instable.
Pour Rodolphe Saadé, ces bouleversements ne constituent plus « des accidents isolés, mais des éléments durables du paysage économique international ». Blocages maritimes, tensions régionales, dépendances industrielles ou encore concurrence technologique imposent désormais aux États comme aux entreprises d’inscrire leur action dans le temps long.
C’est dans cette perspective que le dirigeant a présenté aux parlementaires trois priorités qu’il juge essentielles pour permettre à la France de préserver son attractivité : garantir un cadre stable aux investisseurs, renforcer la souveraineté technologique européenne et assumer pleinement son ambition maritime.
Stabilité fiscale et réglementaire : le socle de l’investissement
Premier pilier du rayonnement français selon Rodolphe Saadé : la stabilité. À l’approche des débats sur le projet de loi de finances et dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, le patron de CMA CGM a insisté sur la nécessité d’offrir aux entreprises françaises un cadre clair, lisible et durable.
« Dans le transport maritime, les décisions d’investissement s’effectuent sur des décennies. Construire une flotte, développer des infrastructures logistiques ou moderniser des ports suppose des engagements financiers colossaux, souvent chiffrés en centaines de millions, voire en milliards de dollars », a indiqué Rodolphe Saadé. Selon lui, de tels choix ne peuvent être envisagés que si les entreprises disposent d’une visibilité suffisante sur les règles fiscales, législatives et réglementaires.
Selon Rodolphe Saadé, la compétitivité française ne se décrète pas dans l’urgence. « Elle se construit dans la durée, par la confiance accordée à ceux qui investissent, créent des emplois et acceptent de prendre des risques », a-t-il précisé. Derrière cette prise de position, Rodolphe Saadé défend une idée simple : l’instabilité normative fragilise l’investissement productif et peut détourner les grandes entreprises de projets pourtant stratégiques pour la France.
La souveraineté technologique comme nouvel impératif stratégique
Deuxième priorité : la souveraineté technologique. « L’Europe ne pourra développer durablement ses propres technologies que si les entreprises européennes et les pouvoirs publics choisissent de les utiliser. La maîtrise de l’IA, du cloud, des infrastructures numériques ou de la connectivité deviendra aussi stratégique que l’énergie, les ports ou les infrastructures physiques », a insisté Rodolphe Saadé.
Cette vision s’inscrit dans un contexte de compétition mondiale accrue. Les dépendances numériques sont désormais perçues comme des vulnérabilités économiques et politiques. Maîtriser ses données, ses outils technologiques et ses réseaux n’est plus seulement un sujet industriel : c’est devenu un enjeu de souveraineté.
Le message du dirigeant de CMA CGM dépasse ainsi le seul secteur maritime. Il appelle à une mobilisation plus large de l’État, des entreprises et des acteurs publics afin de faire émerger des champions européens capables de rivaliser avec leurs concurrents chinois et américains. Mais cette ambition ne pourra aboutir que si les technologies européennes trouvent d’abord des débouchés sur leur propre marché.
Donner à la France les moyens de rester une grande nation maritime
La troisième priorité défendue par le PDG marseillais concerne directement l’identité économique de la France : sa vocation maritime. « Dans un environnement international instable, la compétitivité des ports, des infrastructures logistiques et des connexions fluviales devient un enjeu stratégique », a insisté le PDG.
Selon Rodolphe Saadé, la France a tous les atouts pour demeurer l’une des grandes économies ouvertes du XXIe siècle. « Nous disposons de talents, d’infrastructures, d’une capacité d’innovation reconnue et d’entreprises capables d’agir à l’échelle mondiale », a-t-il martelé. Encore faut-il consolider ces avantages.
Afin de rester une grande nation maritime, la France doit investir massivement dans les ports, les chaînes logistiques et la transition énergétique du transport maritime. Rodolphe Saadé a notamment évoqué la nécessité d’engager 27 milliards d’euros dans une flotte maritime décarbonée afin de répondre aux enjeux climatiques.
La décarbonation du transport maritime représente à la fois un défi industriel majeur et une opportunité de renforcer la compétitivité française dans un secteur appelé à se transformer en profondeur.
Réindustrialiser pour rester souverain
Au-delà de ces trois priorités, l’audition de Rodolphe Saadé dessine une ligne directrice claire : la France doit se réindustrialiser pour demeurer souveraine et compétitive dans un monde sous tension.
Cette réindustrialisation ne peut toutefois se limiter aux usines ou aux technologies émergentes. Elle doit également s’appuyer sur des infrastructures solidement ancrées dans le territoire, à commencer par les ports. Contrairement à d’autres activités économiques plus facilement délocalisables, ceux-ci demeurent en France.
Les ports constituent des points d’entrée et de sortie essentiels pour les marchandises, l’énergie, les matières premières et l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. Leur modernisation peut ainsi devenir un levier majeur de souveraineté économique.
En défendant la stabilité, la souveraineté technologique et l’ambition maritime, Rodolphe Saadé invite les responsables politiques à penser l’économie française sur le temps long. Dans un monde traversé par les crises, l’attractivité d’un pays ne repose plus uniquement sur sa fiscalité ou sur la taille de son marché intérieur. Elle dépend aussi de sa capacité à investir, à protéger ses infrastructures stratégiques et à faire confiance aux entreprises qui s’engagent durablement sur son sol.