Alzheimer : une piste inédite, très prometteuse chez la souris

Image d'illustration. Gros plan de modèles de cerveau colorés démontrant la santé cognitiveADN
Des chercheurs ont repéré un nouveau mécanisme lié à Alzheimer et conçu un composé qui freine la maladie chez la souris. Le signal est encourageant, mais très préliminaire.
En bref
- Une enzyme anormale est liée à Alzheimer
- Elle perturbe l’énergie des cellules nerveuses
- Un composé a ralenti la maladie chez la souris
Dans Alzheimer, on regarde souvent les grandes signatures de la maladie. Ici, des chercheurs ont suivi une autre piste, plus discrète au départ, celle de l’énergie des cellules. Et ils pensent avoir mis la main sur un mécanisme qui alimente la progression de la démence.
L’équipe de ETH Zurich, en Suisse, s’est concentrée sur GRK2, une enzyme utile au bon fonctionnement cellulaire, notamment pour aider les cellules à répondre au stress. Le point clé, c’est qu’il existe aussi une forme modifiée et inactive de cette enzyme.
Le problème se niche dans la centrale énergétique des cellules
Cette version défaillante de GRK2 s’accumule autour des mitochondries, les structures qui fournissent l’énergie à la cellule. Or ces mitochondries sont déjà régulièrement associées à Alzheimer.
Les chercheurs ont observé que la forme inactive de l’enzyme finissait par s’agréger, en amas, un peu comme le fait la protéine amyloïde bêta pendant la progression de la maladie. D’après la pharmacologue moléculaire Ursula Quitterer, « Les agrégats de GRK2 bloquent les pores des mitochondries, réduisent la quantité d’énergie qu’elles peuvent fournir et provoquent une situation de stress à l’intérieur des cellules ».
Chez la souris comme dans des tissus humains, le même signal apparaît
L’étude ne repose pas seulement sur des animaux. Les scientifiques ont examiné à la fois des modèles murins d’Alzheimer et plusieurs échantillons de tissus cérébraux humains provenant de personnes atteintes de cette forme de démence.
Dans les deux cas, ils ont trouvé une forte présence de la forme anormale de GRK2 dans les cellules du cerveau. C’est un point important, parce qu’il donne un peu plus de poids à la piste suivie par ETH Zurich.
Pourquoi cette enzyme pourrait accélérer la maladie
Chez la souris, l’équipe a aussi montré que cette forme inactive de GRK2 favorisait la production d’amyloïde bêta, la protéine étroitement liée à Alzheimer. Résultat, un cercle vicieux se dessine.
Plus les cellules nerveuses sont stressées, plus elles produisent de GRK2 inactive. Cette enzyme aggrave alors les dégâts sur les mitochondries, tout en poussant encore la production d’amyloïde bêta. Les chercheurs rappellent quand même qu’avec Alzheimer, distinguer clairement les causes des conséquences reste compliqué.
Un composé expérimental a ralenti la démence chez l’animal
À partir de ce mécanisme, les chercheurs ont mis au point un composé chimique baptisé Compound 10. Testé sur des cellules humaines en laboratoire et chez la souris, il a empêché les enzymes anormales de s’agglutiner.
À la clé, des mitochondries plus efficaces, moins d’amyloïde bêta accumulée et des cellules nerveuses qui restent fonctionnelles plus longtemps. Chez les animaux, le composé a ralenti la progression de la démence. L’étude mentionne aussi des signes d’effets anti-âge dans d’autres parties du corps.
Mais on est encore loin d’un traitement pour les patients. Ursula Quitterer rappelle qu’« Alzheimer est une maladie très complexe ». Il faudra notamment étudier GRK2 sur un plus grand nombre d’échantillons cérébraux humains. Ces résultats, publiés dans Cell Reports Medicine, ouvrent surtout une nouvelle piste, avec un mécanisme différent de celui des médicaments existants.