Mary Reilly : le film horrifique injustement condamné avec Julia Roberts

Image d'illustration. Mary ReillyTriStar Pictures / PR-ADN
Il y a trente ans, Julia Roberts tenait le premier rôle dans un film d’horreur qui n’a pas rencontré le succès escompté auprès du public, mais qui avait pourtant su séduire le célèbre critique Roger Ebert.
Tl;dr
- La critique cinématographique peut parfois fonctionner en « effet de meute », condamnant des films avant même leur sortie sur la base de rumeurs ou d’a priori.
- Mary Reilly de Stephen Frears illustre ce phénomène, son accueil étant largement influencé par des bruits de tournage et des attentes déçues autour du casting et de la production.
- À contre-courant, le critique Roger Ebert défend le film et appelle à le juger pour ses qualités propres, soulignant le risque de passer à côté d’œuvres injustement discréditées.
Une industrie prompte au lynchage critique
Le monde de la critique cinématographique, bien qu’essentiel à la vitalité culturelle, n’est pas exempt d’effets de meute. Lorsque des signes annonciateurs d’échec apparaissent, une certaine fébrilité collective s’installe : les avis se figent, les plumes se préparent… et parfois le film n’a même pas encore été projeté. On l’a vu dans le passé avec des œuvres comme Heaven’s Gate de Michael Cimino, cible d’une cabale nourrie par les dérapages budgétaires et le tempérament imprévisible du réalisateur. Plus récemment, ce fut le cas pour Elaine May et son fameux « Ishtar », ou encore pour la comédie décalée Hudson Hawk, jugée à tort ou à raison comme un caprice de star signé Bruce Willis. Autant d’exemples où les critiques ont préféré s’en prendre à la production plutôt qu’au film lui-même.
L’injuste discrédit de Mary Reilly
Sorti discrètement en 1996, le long-métrage Mary Reilly, signé Stephen Frears, illustre parfaitement cette tendance. Adaptation du roman de Valerie Martin, il revisitait l’univers du Dr Jekyll et Mr Hyde, mais du point de vue inattendu de la servante du docteur. Après maints rebondissements en amont – on évoqua même la participation de figures telles que Tim Burton, Daniel Day-Lewis, ou encore Uma Thurman, le projet fut finalement lancé avec Julia Roberts, alors au sommet de sa carrière, dans le rôle principal, accompagnée par un duo fascinant incarné par John Malkovich. Mais dès ses débuts, le film souffrit d’une rumeur persistante autour d’un tournage difficile, ce qui, ajouté à un report stratégique hors saison des récompenses, condamna quasiment sa réception critique.
Roger Ebert défend une œuvre atmosphérique et fidèle à Stevenson
Pourtant, tous n’ont pas cédé à cette logique expéditive. Le célèbre critique américain Roger Ebert, dans les colonnes du Chicago Sun-Times, préféra prendre le film pour ce qu’il était réellement. Il souligna d’emblée l’attrait intemporel des récits gothiques et insista sur la grande fidélité de Mary Reilly à l’esprit originel de Stevenson :
- Loin des artifices visuels habituels, l’œuvre explore plutôt la détresse silencieuse d’une jeune femme face aux deux facettes terrifiantes d’un homme.
Si les interprétations, en particulier celle de Julia Roberts, furent souvent moquées pour leur accent incertain, Roger Ebert y discerna une profondeur troublante, rendue possible par la mise en scène soignée de Frears et l’adaptation subtile signée Christopher Hampton.
Derrière la réception : réhabiliter un film mal compris ?
En définitive, au lieu de se contenter des rumeurs ou des bruits de couloir entourant Mary Reilly, Roger Ebert invita ses lecteurs à regarder au-delà des apparences. Une démarche rare et précieuse qui pose une question simple mais essentielle : combien d’œuvres passent-elles ainsi inaperçues sous le poids du préjugé collectif ?