L’Éducation nationale face à la progression du masculinisme chez les jeunes : quelles réponses ?

Image d'illustration. Discussion sur l égalité des sexes en classeADN
Face à une recrudescence des discours masculinistes parmi les élèves, l’Éducation nationale multiplie les initiatives et adapte ses programmes pour sensibiliser les jeunes aux questions d’égalité et lutter contre l’influence de ces idéologies dans les établissements scolaires.
Tl;dr
- Le masculinisme progresse chez les jeunes en France.
- L’Éducation nationale adapte ses outils de prévention.
- Les réseaux sociaux amplifient ces discours sexistes.
Une prise de conscience tardive de l’Éducation nationale
Jusqu’à récemment, la question du masculinisme n’avait guère sa place dans les politiques éducatives françaises. Aujourd’hui, face à une progression préoccupante des discours sexistes et antiféministes chez certains jeunes, le ministère de l’Éducation nationale commence à revoir ses pratiques.
Lors d’une audition devant le Sénat, la sous-directrice des parcours éducatifs, Anne Padier Savouroux, a admis que cette idéologie n’était intégrée aux réflexions éducatives que depuis peu. Elle précise : « On commence à le prendre en compte ».
L’émergence d’un phénomène alimenté par les réseaux sociaux
Historiquement marginal, le courant masculiniste s’est diffusé au fil des ans via les réseaux sociaux. Ce mouvement, né dans les années 1980 en réaction au féminisme, promeut l’idée d’une domination masculine menacée, accusant les femmes d’être responsables de la détérioration des conditions masculines. Selon plusieurs associations auditionnées au Sénat, le terme même de « masculinisme » demeure absent des programmes scolaires officiels. Toutefois, l’Éducation nationale tente d’y répondre par la création de livrets d’accompagnement destinés aux enseignants.
En février dernier, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, évoquait une menace « masculiniste, organisée et décomplexée », désormais suivie par les services de renseignement. Le phénomène ne se limite donc plus à un simple débat d’idées.
L’impact sur la jeunesse et la réponse institutionnelle
Sur le terrain, les effets sont tangibles. Pour le sociologue Tristan Renard, du Cresam à Toulouse, un tiers des cas de radicalisation accompagnés par son équipe concernent aujourd’hui des problématiques liées au masculinisme. Parmi les facteurs favorisant cette adhésion : isolement social, harcèlement scolaire ou difficultés familiales. Il décrit ainsi une forme de « radicalité de retrait » : certains adolescents se coupent du monde réel pour s’enfermer dans l’univers numérique.
Cette montée en puissance fait écho à ce que constate l’institution scolaire en termes de victimisation à caractère sexiste et sexuel ; selon Savouroux, « l’adolescence constitue un véritable point de bascule et les filles deviennent alors les principales victimes des violences sexistes et sexuelles ».
Miser sur la mixité et réguler les contenus en ligne
Si la prévention passe par une politique volontariste contre le sexisme — avec notamment les programmes Evars obligatoires depuis 2001 — elle doit selon Renard dépasser les simples messages égalitaires. À ses yeux, il devient crucial :
- d’encourager davantage la mixité dans toutes les activités scolaires et sportives ;
- d’améliorer la régulation des contenus numériques diffusant une propagande masculiniste.
Un constat s’impose : l’État semble peiner à suivre un phénomène qui s’exprime autant dans la violence du quotidien que dans l’intimité des relations entre jeunes.