Dans les cantines, le bio peine à s’imposer malgré la loi qui l’encourage

Image d'illustration. Gros plan d un repas bio sainADN
Malgré des lois incitant à intégrer davantage de produits biologiques dans les menus scolaires, leur présence reste limitée dans les cantines françaises. Ce retard interroge sur l’application effective des mesures et sur les obstacles rencontrés localement.
Tl;dr
- Respect du bio à la cantine encore insuffisant.
- Prix et approvisionnement restent les principaux obstacles.
- Quelques communes montrent que le 100% bio est possible.
Des ambitions, mais une réalité contrastée dans les cantines
Dans de nombreuses écoles françaises, l’introduction du bio à la cantine progresse, mais loin d’être généralisée. Si certaines communes comme Mouans-Sartoux ou le groupe scolaire Maryse-Bastié à Romainville, en Seine-Saint-Denis, ont fait le pari d’une alimentation issue intégralement de l’agriculture biologique, la majorité des collectivités peinent à suivre le rythme imposé par la loi.
L’objectif fixé par la loi Egalim, soit « 50% de produits de qualité et durables, dont au moins 20% issus de produits biologiques » pour 2022, semble toujours difficile à atteindre.
Difficultés multiples pour passer au bio
Les raisons de ces retards sont multiples. D’abord, la question du coût revient sans cesse. Contrairement aux idées reçues, certains établissements, tels que ceux de Romainville, sont parvenus à maintenir – voire réduire – leurs dépenses par repas grâce à des choix stratégiques : menus végétariens plus fréquents, achats de produits bruts et meilleure gestion des quantités limitant le gaspillage. Toutefois, cette organisation reste l’exception. Pour beaucoup d’autres collectivités, surtout rurales ou moins dotées, les surcoûts liés au bio et aux produits locaux constituent un frein important.
S’ajoutent à cela les difficultés d’approvisionnement et une certaine méconnaissance des filières biologiques locales. Le collectif Pieds dans le plat, engagé auprès des établissements scolaires, estime que ce manque d’informations sur le marché agricole français pèse lourd dans la balance. Comme l’explique Marine Jobert, coordinatrice du collectif : « Il faut que les collectivités et les cuisiniers aillent faire un sourcing précis des richesses agricoles de leurs territoires ; on est plus riche qu’on ne croit en France ».
Lente progression sur le terrain
Malgré ces freins, quelques chiffres témoignent d’une progression timide : selon l’Agence Bio, en 2024, seulement 13% des achats alimentaires déclarés via la plateforme Ma cantine relevaient du bio ; dans les lycées évalués par l’Association des Régions de France, ce chiffre tombe même à 11,5%. Il n’est donc pas surprenant que François Bonneau, vice-président de l’association, souligne la « complexité » d’application de la législation.
Certaines grandes villes choisissent pourtant d’aller plus loin : ainsi à Paris, la municipalité impose désormais des critères stricts : en 2024, près de 46% des achats étaient certifiés bio selon Audrey Pulvar. Mais il faut bien reconnaître que pour nombre d’élus locaux, « imposer le bio est avant tout une question de volonté », rappelle Jean Verdier pour l’Agence Bio.
Pistes pour avancer vers plus de bio à la cantine
Face à ces enjeux persistants et alors que la demande sociale ne faiblit pas autour d’une alimentation saine pour les enfants,
quelques solutions ressortent :
- Soutenir l’organisation collective entre producteurs locaux et collectivités.
- Mieux former cuisiniers et gestionnaires aux circuits courts.
- Ajuster progressivement menus et commandes afin d’optimiser coûts et qualité.
Autant de leviers qui pourraient transformer durablement nos assiettes scolaires – à condition d’y croire vraiment.