Un lien inattendu découvert entre les acouphènes et une fonction vitale de l’organisme

Image d'illustration. Personne ressentant un inconfort à l oreille dans une pièce calmeADN
Des recherches récentes révèlent un lien surprenant entre les acouphènes et une fonction essentielle du corps humain, offrant ainsi de nouvelles pistes pour comprendre ce trouble auditif courant et ses éventuelles causes sous-jacentes.
Tl;dr
- Lien étroit entre acouphènes et sommeil découvert.
- Le sommeil profond pourrait atténuer l’hyperactivité cérébrale de l’acouphène.
- De nouvelles pistes thérapeutiques sont en cours d’exploration.
Acouphènes : une interaction insoupçonnée avec le sommeil
La plupart des personnes épargnées par les acouphènes, ou tinnitus, ignorent la détresse profonde que cette condition peut provoquer. Pour certains, l’expérience la plus proche reste un mauvais rêve – ce qui n’est finalement pas si éloigné du cœur des découvertes récentes. Car le bruit incessant ressenti – qu’il s’agisse de sifflements, bourdonnements ou cliquetis – n’est perceptible que par la personne atteinte, pouvant survenir sans relâche ou fluctuer au fil du temps.
Sous la loupe d’Oxford : le cerveau entre veille et sommeil
Depuis peu, les chercheurs de l’Université d’Oxford, emmenés par le neuroscientifique Linus Milinski, s’intéressent à la relation méconnue entre sommeil et acouphènes. Le constat initial est surprenant : alors que le sommeil est un état physiologique naturel et réparateur, l’acouphène figure parmi les perceptions fantômes les plus répandues, mais dont l’origine et les mécanismes restent mystérieux. « Ce qui nous a intrigués, c’est la similitude frappante entre l’acouphène et le sommeil ; tous deux semblent reposer sur une activité cérébrale spontanée », explique Milinski.
En 2022, son équipe a mené une revue considérée comme pionnière sur la façon dont le sommeil pourrait influencer l’acouphène – et inversement. Parmi leurs hypothèses : durant le sommeil profond (non-REM), de larges ondes cérébrales spontanées pourraient temporairement réprimer l’hyperactivité liée à l’acouphène.
L’expérience animale ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques
Pour explorer cette idée, les chercheurs se sont appuyés sur des expériences menées chez des furets, connus pour partager un système auditif similaire à celui de l’humain. Ils ont observé que ceux souffrant d’un acouphène sévère présentaient aussi des troubles du sommeil notables. Mieux encore, dès que ces animaux atteignaient enfin un stade de sommeil profond, l’hyperactivité cérébrale responsable du phénomène semblait s’atténuer.
La recherche suggère donc que :
- Le sommeil profond pourrait agir comme un « masque » naturel contre les acouphènes ;
- Un cercle vicieux existe probablement entre troubles du sommeil et sévérité des acouphènes ;
- La compréhension de ces mécanismes pourrait orienter vers de nouveaux traitements non médicamenteux.
Pistes futures : sortir du cercle vicieux ?
Si la généralisation à l’humain exige prudence, plusieurs travaux récents — notamment en Chine — confirment ce lien. Les patients concernés auraient plus de mal à inhiber leur activité cérébrale pendant la transition vers le sommeil. À Oxford comme ailleurs, les études se multiplient pour déterminer comment cibler ce cercle infernal où stress, insomnie et acouphènes s’auto-entretiennent. Selon Milinski, « dès lors qu’on améliore le sommeil, on pourrait peut-être briser cette spirale délétère qui mine tant de vies ».
Percer ce mystère pourrait éclairer autant les sciences du sommeil que celles des perceptions fantômes – en offrant peut-être demain une échappatoire aux millions de personnes confrontées à ces sons imaginaires, mais ô combien envahissants.