Star Trek : l’idée censurée qui a survécu au cinéma

Image d'illustration. Star TrekParamount / PR-ADN
Quarante ans après avoir hésité à aller au bout de l’un de ses rebondissements les plus audacieux, la franchise Star Trek a inspiré la création d’une nouvelle saga cinématographique de science-fiction devenue culte.
Tl;dr
- L’épisode « Requiem for Methuselah » de Star Trek prévoyait qu’un homme immortel ait incarné des figures historiques, dont Jésus, mais la censure américaine a fait disparaître ces éléments du script.
- Jerome Bixby a repris cette idée des décennies plus tard pour le film The Man From Earth, racontant l’histoire d’un homme éternel révélant ses identités historiques à des collègues universitaires.
- Le film, porté par David Lee Smith, a connu un succès critique inattendu, donnant lieu à une suite en 2017 et confirmant l’impact durable de ce concept audacieux.
Une idée trop audacieuse pour la télévision américaine
La série originelle Star Trek, adulée pour sa vision optimiste du futur, n’a jamais hésité à s’attaquer à des sujets délicats. Mais toutes les ambitions de Gene Roddenberry, son créateur, n’ont pas toujours franchi le cap de la diffusion. Preuve en est avec l’épisode « Requiem for Methuselah », dont le scénario, signé par Jerome Bixby, aurait pu bouleverser bien plus que l’univers du Capitaine Kirk. L’histoire prévoyait une révélation choc : un homme immortel ayant traversé les âges sous les traits de figures majeures telles que Socrate, Rembrandt, ou encore… Jésus.
Censure et autocensure : une question de limites
Lorsque ce projet est soumis à l’examen des consultants et standards de diffusion — notamment Joan Pearce de de Forest Research —, les alertes fusent. Associer explicitement un personnage fictif à des figures bibliques comme Moïse ou Jésus suscite la crainte de réactions hostiles de la part du public aux convictions religieuses orthodoxes. NBC réclame alors que ce lien soit « clarifié ou supprimé » : le dialogue problématique disparaît du script final, enterrant une proposition jugée trop risquée.
Une seconde vie au cinéma avec The Man From Earth
Or, loin d’abandonner son concept, Jerome Bixby reprend cette idée presque trois décennies plus tard. Alité en fin de vie, il confie à son fils le soin d’achever un scénario centré sur cet homme éternel devenu témoin silencieux de toute l’histoire humaine. C’est ainsi qu’en 2007 voit le jour le film indépendant The Man From Earth, réalisé par Richard Schenkman et porté par David Lee Smith — un visage familier des fans de la franchise Star Trek: Voyager. Le protagoniste révèle à ses collègues universitaires qu’il a vécu sous différentes identités historiques majeures, y compris celle du Christ.
Les ingrédients d’un tel récit s’avèrent puissants :
- L’immortalité humaine comme fil conducteur.
- L’impact des grandes figures culturelles et religieuses revisitées.
- L’éternel débat entre science, foi et identité.
Un succès critique inattendu et une influence persistante
Avec un budget modeste mais un bouche-à-oreille remarquable, le film atteint rapidement un statut culte — affichant toujours aujourd’hui un score parfait sur Rotten Tomatoes. Un second volet sort en 2017 : The Man From Earth: Holocene, réunissant d’autres acteurs issus de l’univers Star Trek. Si nombre de spectateurs ignorent que cette intrigue fut autrefois jugée trop sulfureuse pour la télévision américaine, l’héritage créatif perdure et rappelle combien certaines idées refusent décidément de rentrer dans le rang.