En bref
- Des détecteurs d’IA se contredisent nettement
- Thélyson Orélien rejette les accusations
- Ses deux éditeurs maintiennent leur confiance
Les outils censés repérer un texte écrit par intelligence artificielle ne disent pas tous la même chose. Dans l’affaire visant Thélyson Orélien, lauréat du prix Fnac 2026, c’est même le cœur du débat.
Des outils loin de trancher
Le compte Balance ton Claude affirme avoir analysé des extraits de C’était ça ou mourir avec le logiciel américain Pangram, avant d’assurer que le roman avait été presque entièrement rédigé par une IA.
Mais d’autres tests aboutissent à autre chose. AFP indique que l’outil InVID-WeVerify, qu’elle a cofondé, juge ces passages très probablement humains. Sept autres services ont aussi été essayés, avec des résultats qui partent dans tous les sens.
Pour un même extrait, certains annoncent 100 % de probabilité d’écriture par IA, d’autres 0 %. Entre les deux, plusieurs détecteurs placent le curseur à 7 %, 53 % ou 59 %. Bref, ces logiciels ne permettent pas de trancher proprement.
Un auteur primé pris dans une polémique virale
La controverse a explosé mardi 22 septembre autour de l’écrivain canado-haïtien, au lendemain d’un message publié sur X par Balance ton Claude, un compte jusque-là suivi par 92 abonnés.
Le message a circulé très vite, avec plus de 1.000 partages et plus de 3 millions de vues. Le même jour, Thélyson Orélien recevait le prix Fnac du meilleur roman.
L’auteur conteste fermement. Dans Libération, il explique qu’il n’a aucune raison de faire écrire un livre par une machine et estime que certains logiciels lisent mieux les traditions littéraires françaises classiques que les rythmes haïtiens et caribéens. Il dénonce aussi de nombreuses attaques racistes.
Le soutien net des éditeurs
Du côté de Grasset, la réponse est immédiate. La maison d’édition condamne des propos malveillants et juge ces accusations blessantes pour un écrivain au parcours exceptionnel.
Son message est clair, la confiance accordée à Thélyson Orélien reste totale. Sur BFM, l’éditeur va plus loin et parle d’une théorie du complot, en soulignant que ces outils reposent eux-mêmes sur des systèmes d’IA capables, selon lui, de produire des conclusions absurdes.
Même position à Boréal, maison montréalaise qui a publié le roman au printemps au Canada. L’éditeur dit prendre les allégations au sérieux, tout en maintenant une confiance entière dans le travail de l’auteur.
Pourquoi son roman compte déjà dans la rentrée
Né en 1988, Thélyson Orélien est un écrivain québécois d’origine haïtienne, aussi poète et critique. Grasset présente son œuvre comme traversée par la mémoire, l’exil et l’appartenance.
Son roman raconte le trajet d’un migrant entre Haïti et le Québec, avec un passage par le Brésil, l’Amérique centrale et la jungle du Darién. Le livre est en cours de traduction dans plusieurs pays.
Et il ne passe pas inaperçu. C’était ça ou mourir figure parmi les meilleures ventes de la rentrée et dans les sélections du Goncourt, du Médicis et du Fémina. Un détail qui compte, alors que ce titre faisait aussi partie de la rentrée préparée chez Grasset par Olivier Nora avant son éviction en avril par la direction d’Hachette.