En bref
- Des élus étrangers visent les Bleus
- Le procès sur leurs origines est ancien
- Des chercheurs y voient un malentendu français
Les attaques contre l’équipe de France et Kylian Mbappé n’ont rien d’un épisode isolé. Elles reviennent à intervalles réguliers, avec le même fond, contester la francité de joueurs nés ou sélectionnés en France au nom de leurs origines familiales.
Des sorties venues du Paraguay et d’Espagne
Ces derniers jours, deux responsables politiques étrangers ont relancé ce procès. Après la victoire française contre le Paraguay (1-0) en huitièmes de finale, le 4 juillet, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla a insulté Kylian Mbappé et l’a décrit comme un Camerounais cherchant à passer pour Français.
Dimanche, l’ancien chef du gouvernement espagnol conservateur Mariano Rajoy, avant la demi-finale entre l’Espagne et les Bleus, a salué un effectif de très haut niveau, tout en affirmant qu’il était composé sans Français. Résultat, un nouveau tollé autour de propos jugés racistes et décalés avec la réalité du pays.
Un vieux procès contre l’équipe de France
Pour l’historien Pascal Blanchard, ce type de discours n’a rien de neuf. Dans les années 1930 déjà, l’arrivée en sélection de Larbi Benbarek, né au Maroc, et de Raoul Diagne, d’origine sénégalaise, avait suscité de vives critiques.
Le reproche, déjà, tenait en peu de mots, les Français ne sauraient pas jouer et iraient chercher ailleurs. On retrouve la même mécanique en 1996 avec Jean-Marie Le Pen, qui dénonçait des étrangers naturalisés français, puis en 2018 quand Nicolas Maduro avait présenté le sacre des Bleus comme une victoire de l’Afrique.
Ce que ces polémiques disent de la France
L’analyse de Yvan Gastaut, maître de conférences à l’université de Nice Sophia Antipolis, est assez nette. Vu de l’extérieur, surtout dans une partie de l’Amérique du Sud, persiste l’image d’une France ancienne, figée, qui ne correspond plus au pays réel.
Le chercheur parle d’une société plurielle, métissée et multiculturelle. Selon lui, ces attaques traduisent aussi une difficulté, pour certains pays, à regarder ce que la France a produit en matière d’intégration. Et par le football, cette réalité devient très visible.
Il note d’ailleurs que depuis 2018, même l’extrême droite française pointe beaucoup moins les origines des joueurs. Il existe, autour des Bleus, une forme de communion qui rendrait ce type de propos antipatriotiques.
Le silence des joueurs, l’exception Thuram
Sur ce terrain-là, les joueurs ont rarement parlé. Pascal Blanchard rappelle que très peu de membres de l’équipe de France ont pris la parole, qu’il s’agisse de Zinedine Zidane ou, avant lui, de Michel Platini, à une époque où l’immigration italienne ou espagnole était déjà visée.
L’une des premières voix fortes a été Lilian Thuram, né en Guadeloupe. Quant à Kylian Mbappé, l’historien souligne son poids symbolique, celui d’un joueur issu à la fois de l’histoire migratoire maghrébine, par sa mère, et d’Afrique subsaharienne, par son père. La prochaine séquence se jouera donc autant sur le terrain que dans le débat public.