Paiements transfrontaliers en Europe : vers plus de rapidité, d’accessibilité et de numérisation

Image d'illustration. Paiement au supermarchéADN
Ces dernières années, les paiements transfrontaliers en Europe sont devenus plus rapides et plus accessibles — une tendance majeure qui retient l’attention des experts du secteur financier.
Une volonté européenne de moderniser les paiements
Le sujet suscite un vif intérêt, notamment à la lumière des récentes déclarations de responsables de la Banque centrale européenne (BCE), à commencer par Piero Cipollone, qui plaide pour une amélioration des mécanismes de paiement et une intégration renforcée de l’euro numérique.
Les frais moyens de transfert en Europe ont connu des évolutions notables au cours des dernières années. En 2019, ils représentaient en moyenne 5 % du montant de la transaction. En 2023, ce chiffre avait grimpé à 8,4 %, avant de redescendre à 3 % cette année, selon les données de la BCE. Ce taux reste cependant considéré comme élevé, et sa réduction demeure un objectif prioritaire. Piero Cipollone cite régulièrement l’exemple de régions où le coût des transactions reste particulièrement sensible — à l’instar des Balkans occidentaux, où les commissions atteignent 6,7 %, un niveau proche de celui observé en Afrique (7,7 %). Pour la BCE, l’un des grands défis actuels est d’optimiser l’efficacité des systèmes de paiement, dans un contexte de forte croissance attendue des flux transfrontaliers. D’après les projections des spécialistes, le volume global de ces transactions pourrait atteindre 268 000 milliards d’euros d’ici 2030, soit le double du niveau actuel.
Des retards persistants et leurs conséquences
Dans le même temps, les instances européennes se donnent pour mission d’accélérer le traitement des paiements. En 2024, plus d’un tiers des transactions transfrontalières effectuées en Europe ont été marquées par des retards supérieurs à un jour ouvré — un dysfonctionnement qui complique la vie des entreprises comme des particuliers. Ce sont en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), opérant avec des marges réduites, ainsi que les migrants envoyant de l’argent à leurs proches, qui en subissent les conséquences. Selon les données de la BCE, ce type de transferts permet de soutenir une personne sur neuf à l’échelle mondiale.
TIPS et l’essor des paiements instantanés
Pour relever ces défis, les régulateurs européens misent sur les paiements instantanés, en développant des plateformes numériques et en modernisant les infrastructures existantes. Parmi ces dispositifs figure TARGET Instant Payment Settlement (TIPS), un système qui permet aux titulaires de comptes bancaires d’effectuer des virements en temps réel, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Ce qui distingue TIPS, c’est sa capacité à opérer dans plusieurs devises tout en s’appuyant sur un cadre unique — celui du SEPA Instant Credit Transfer. Cette approche harmonisée limite la fragmentation du marché et facilite l’interopérabilité entre banques européennes.
Plusieurs pays ont déjà adopté TIPS de manière proactive. En Suède, la plateforme prend en charge les transactions en couronnes suédoises. Le Danemark a rejoint le système en avril 2025, tandis que la Norvège prévoit de l’intégrer d’ici 2028. À plus long terme, l’objectif est d’interconnecter TIPS à d’autres systèmes de paiements instantanés, pour créer un réseau unifié de transactions rapides en devises multiples. Parmi les initiatives envisagées, on retrouve le projet Nexus, piloté par la Banque des règlements internationaux, ainsi qu’un possible raccordement avec l’Unified Payments Interface (UPI) indien, qui traite actuellement quelque 500 millions de transactions par jour.
Nouvelles solutions, nouveaux acteurs
Mais le développement de l’infrastructure des paiements en Europe ne repose pas uniquement sur les solutions bancaires traditionnelles. Des acteurs alternatifs de la finance proposent de plus en plus leurs propres outils, axés sur l’accélération des transferts et la réduction des frais. Parmi eux, le service britannique Sends, qui opère depuis 2017 sous licence d’établissement de monnaie électronique (EMI) délivrée par la Financial Conduct Authority (FCA).
Sends permet à ses utilisateurs d’effectuer des paiements instantanés via les réseaux SEPA et Faster Payments, mais offre également l’accès à des comptes multidevises, des services de change et de paiement en ligne. Les frais de transfert y sont particulièrement compétitifs, oscillant entre 0,3 % et 1 % du montant, ce qui distingue Sends des offres classiques proposées par les banques. De plus, la compatibilité avec Apple Pay et Google Pay ajoute une dimension de confort supplémentaire pour les utilisateurs.
L’un des points forts de Sends réside dans la rapidité d’ouverture de comptes multidevises à destination des entreprises. En moins de 48 heures, les clients peuvent accéder à des comptes en dollars américains, en euros et en livres sterling, en ne fournissant qu’un dossier administratif allégé. À terme, l’entreprise prévoit d’étoffer ses services, notamment par le biais de programmes de parrainage et de connexions avec des logiciels de comptabilité.
En somme, l’évolution des paiements transfrontaliers en Europe suit une trajectoire résolument tournée vers la numérisation, l’accélération des transactions et la baisse des coûts. L’enjeu principal reste la construction d’une infrastructure unifiée de virements instantanés, tout en favorisant l’émergence de services financiers alternatifs, plus souples et plus accessibles, tant pour les entreprises que pour les particuliers.