Misophonie : une piste cérébrale éclaire enfin la réponse de rage

Une étude relie la misophonie à un circuit précis du cerveau et suggère un point clé : ce trouble ne formerait pas deux groupes distincts, mais un spectre.

Une femme semble ne pas réussir à dormir à cause du bruit
Image d'illustration. Une femme semble ne pas réussir à dormir à cause du bruit — ADN

En bref

  • La misophonie serait liée au réseau de saillance.
  • Le trouble semble former un spectre continu.
  • L’étude repose sur des estimations, pas des tests sonores.

On cherchait un marqueur clair de la misophonie. L’étude apporte mieux que ça, et aussi plus dérangeant pour les catégories habituelles : chez des chercheurs du Montreal Neurological Institute et de l’University of Oklahoma, les données suggèrent que ce trouble ne sépare pas simplement deux groupes, ceux qui en souffrent et les autres. Il se distribuerait plutôt sur un spectre.

La misophonie, c’est cette réaction très forte à des sons du quotidien, comme le fait de mâcher ou de renifler. Jusqu’à une personne sur cinq pourrait être concernée. Un chiffre élevé, alors même que ses mécanismes dans le cerveau restent encore mal compris.

Une frontière bien moins nette qu’on l’imaginait

Le point le plus important est peut-être là. Quand l’équipe a essayé de découper les participants en deux ensembles distincts, d’un côté les personnes avec misophonie, de l’autre des témoins supposés sains, les motifs statistiques repérés dans le cerveau ont disparu.

Autrement dit, la misophonie ne ressemble pas à un interrupteur allumé ou éteint. Elle paraît davantage suivre une gradation, avec des intensités variables dans la population générale. Pour la suite, ce n’est pas un détail. Les futures recherches devront sans doute traiter ce phénomène comme un continuum, plus proche de la réalité des symptômes observés.

Le circuit cérébral qui ressort dans les données

Le signal principal mène vers le cortex insulaire antérieur, une région déjà évoquée par des travaux précédents. Cette zone participe notamment au traitement du dégoût, de la douleur et de l’attention.

Surtout, elle appartient à ce qu’on appelle le réseau de saillance, un ensemble qui aide le cerveau à trier ce qui compte, à l’intérieur comme à l’extérieur du corps. Ici, la sévérité des symptômes de misophonie était liée à la synchronisation de l’activité de cette insula antérieure avec des régions de ce réseau impliquées dans l’audition, mais aussi dans le mouvement et la planification motrice.

Autre point utile, ces regroupements d’activité cérébrale ne recoupaient pas vraiment ceux associés à l’anxiété, à la dépression ou à certains traits de l’autisme. Ces troubles accompagnent souvent la misophonie, ce qui complique d’habitude l’identification de ce qui lui appartient en propre.

Ce que les chercheurs ont fait, et ce que l’étude ne dit pas encore

Le travail, publié dans Human Brain Mapping, repose sur des examens d’IRM fonctionnelle au repos concernant 162 adultes, tirés d’une base de données existante. Problème, cette base ne contenait pas d’informations directes sur la misophonie.

Du coup, les chercheurs ont utilisé en parallèle un second ensemble de données, portant sur 777 personnes interrogées à propos du trouble, afin d’estimer sa sévérité. Cette estimation s’appuyait sur des réponses sensorielles générales, par exemple la manière de réagir à une forte odeur dans un magasin.

C’est la limite évidente de l’étude. Aucun participant passé au scanner n’a été interrogé directement sur sa misophonie, et aucun test avec des sons déclencheurs n’a été mené. Mais cette approche a aussi un intérêt : elle réduit le risque de ne voir que les cas les plus extrêmes. Et elle ouvre une piste pour la suite, avec des travaux plus ciblés pour vérifier si ces résultats tiennent quand on observe des personnes dont la misophonie est, cette fois, bien identifiée.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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