L’objectif troublant que Martin Scorsese poursuivait avec son chef-d’œuvre du western

Martin Scorsese, cinéaste de renom, s’est lancé dans la réalisation d’un western marquant, guidé par une ambition singulière et dérangeante. Son objectif audacieux a profondément influencé l’atmosphère et le ton unique de ce film salué par la critique.

Killers of the Flower Moon
Image d'illustration. Killers of the Flower Moon — ADN

Tl;dr

  • Martin Scorsese explore à nouveau les zones d’ombre de la nature humaine avec Killers of the Flower Moon, un western historique plongé dans l’Amérique des années 1920.
  • Le film raconte la tragédie des Osages, riches grâce au pétrole, victimes de meurtres orchestrés par William King Hale, incarné par Robert De Niro, et mêle habilement drame intime et violence historique.
  • Leonardo DiCaprio et Lily Gladstone incarnent un amour complexe et moralement ambigu, illustrant les tensions entre loyauté, duplicité et horreurs subies, dans un film long et troublant qui questionne la nature humaine.

L’art de réinventé le western

Au fil de sa carrière, Martin Scorsese s’est forgé une réputation en explorant les zones d’ombre de la nature humaine. Son nouveau film, Killers of the Flower Moon, désormais disponible dans une somptueuse édition 4K chez The Criterion Collection, s’inscrit parfaitement dans cette veine. Plus qu’un simple western, cette fresque plonge le spectateur dans l’Amérique des années 1920, là où le rêve d’enrichissement côtoie la violence la plus sourde.

Une tragédie historique aux accents contemporains

Inspiré du livre-enquête de David Grann, le récit s’ancre dans une période trouble : après la Première Guerre mondiale, les membres de la Nation Osage deviennent subitement riches grâce à la découverte de pétrole sur leurs terres, achetées à prix dérisoire sous contrainte gouvernementale. Cette soudaine prospérité attire jalousies et convoitises. Bientôt, une série de meurtres frappe les Osages : derrière ces crimes orchestrés se profile l’ombre de William King Hale, incarné par un Robert De Niro glaçant. Ce dernier se persuade d’aimer le peuple qu’il spolie et massacre, comme le confie Scorsese : « Il croyait vraiment à son histoire personnelle. »

L’amour en terrain miné

Ce drame intime se vit surtout à travers le personnage d’Ernest Burkhart, campé par un Leonardo DiCaprio. Ernest, neveu docile d’Hale, épouse Mollie, interprétée par une remarquable Lily Gladstone. Leur union complexe sert de fil rouge à la narration : il y a l’attachement sincère, mais aussi la duplicité sordide. Leonardo DiCaprio, initialement pressenti pour jouer l’agent fédéral Tom White (finalement incarné par Jesse Plemons), a préféré s’emparer du rôle trouble d’Ernest. La scénariste et monteuse historique du réalisateur, Thelma Schoonmaker, souligne combien « Lily Gladstone et Leonardo DiCaprio ont façonné cette histoire d’amour impossible pour toucher juste. »

Parmi les éléments marquants :

  • Mollie endure l’empoisonnement insidieux perpétré par son propre mari sous prétexte de soins médicaux.
  • L’ambiguïté morale reste omniprésente : jusqu’au bout, Ernest hésite à admettre ses crimes face à sa femme mourante.

Un cinéma inconfortable mais nécessaire

Martin Scorsese ne cherche jamais le confort du spectateur. À travers un documentaire inédit inclus dans l’édition Criterion, lui et son équipe reviennent sur leur volonté d’affronter frontalement la violence du propos : « S’exposer à la part sombre permet parfois d’effleurer une certaine vérité sur l’humain ». Entre moments de tendresse sincère et horreurs indicibles, Killers of the Flower Moon brouille inlassablement les frontières entre victime et bourreau. Un film long, près de quatre heures, dont on ressort ébranlé mais lucidement éveillé face aux contradictions du cœur humain.

Jordan Servan

Spécialiste Divertissement

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