Les stratégies adoptées ailleurs pour freiner l’envolée du prix de l’essence

Image d'illustration. Pompe à essenceADN
Face à la hausse persistante des prix de l’essence, plusieurs gouvernements à travers le monde ont adopté des mesures spécifiques pour protéger les consommateurs. Tour d’horizon des stratégies mises en place ailleurs pour contenir cette envolée tarifaire.
Tl;dr
- De nombreux pays plafonnent ou rationnent les carburants.
- Les réserves stratégiques sont évoquées, sans déclenchement massif.
- Les exportations énergétiques sont restreintes pour protéger l’approvisionnement.
Plafonnement des prix et restrictions à l’export
Face à une envolée historique des prix du pétrole et du gaz, plusieurs nations d’Asie et d’Europe tentent d’amortir le choc pour leurs économies. Ainsi, la Croatie annonce la mise en place dès mardi d’un plafonnement sur le prix de l’essence et du gazole, une mesure également adoptée par la Corée du Sud, qui dépend massivement des hydrocarbures du Moyen-Orient. Dans ce contexte tendu, certains gouvernements privilégient désormais leur marché domestique : selon Bloomberg, la Chine ordonne à ses principaux raffineurs de suspendre temporairement leurs exportations de carburants, tandis que la Serbie, tout comme la Thaïlande, choisit d’interdire toute sortie de pétrole et produits raffinés durant plusieurs jours.
Sécurisation des approvisionnements et réserves stratégiques
Au cœur des inquiétudes sur l’approvisionnement, plusieurs États se mobilisent afin de garantir une certaine stabilité. À titre d’exemple, le gouvernement taïwanais a confirmé lundi avoir sécurisé vingt cargaisons de GNL (gaz naturel liquéfié) sur les vingt-deux prévues jusqu’en avril. De son côté, la Corée du Sud assure s’être vue accorder une « livraison d’urgence » de quatre millions de barils via les ports émiratis échappant au détroit d’Ormuz. L’usage des réserves stratégiques reste cependant mesuré : si le G7 Finances, sous présidence française, affirme sa disponibilité à recourir aux stocks mondiaux pour stabiliser le marché, aucun prélèvement massif n’a encore été engagé. Le Japon dispose théoriquement de quoi tenir plus de huit mois grâce à ses stocks étatiques et privés.
Nouvelles mesures nationales : rationnement et fiscalité allégée
La nervosité se fait sentir jusqu’à l’échelle du consommateur : en Birmanie ou au Bangladesh, le rationnement est entré en vigueur. En Birmanie, la moitié des véhicules privés doivent rester à l’arrêt chaque jour selon leur plaque d’immatriculation ; au Bangladesh, cette décision provoque déjà embouteillages et tensions devant les stations-service. Aux Philippines, pour économiser carburant et électricité, les services publics testent désormais une semaine de travail sur quatre jours.
Du côté fiscalité, face à un bond spectaculaire (+21 % sur l’essence) des tarifs à la pompe depuis le début du conflit américano-israélien contre l’Iran, le Vietnam abaisse temporairement à zéro ses droits de douane sur les carburants importés jusqu’à fin avril afin de maintenir la stabilité intérieure et préserver la sécurité énergétique nationale.
Mise en perspective géopolitique et énergique
Pendant ce temps-là, les équilibres géopolitiques vacillent : le Premier ministre hongrois Viktor Orbán invite l’Union européenne à lever les sanctions frappant les hydrocarbures russes. De son côté, Vladimir Poutine propose ouvertement aux pays européens qui accepteraient une « collaboration durable et stable » avec Moscou un accès prioritaire au pétrole russe – Hongrie et Slovaquie étant présentées comme partenaires fiables.
L’Inde poursuit ses achats auprès de Moscou, mais garde un œil attentif sur ses propres réserves – estimées entre sept et huit semaines –, alors même que son principal importateur de GNL alerte sur d’éventuelles perturbations dans les livraisons.
Dans cette course mondiale pour garantir leur sécurité énergétique, chaque État cherche sa parade : entre plafonnements temporaires des prix, mobilisation prudente des stocks stratégiques ou ajustements fiscaux rapides – autant de réponses dictées par une conjoncture incertaine où chaque jour peut rebattre les cartes.