Les associations de malades manipulés par les dons des labos ?
Les associations de malades reçoivent des dons provenant des laboratoires pharmaceutiques. La HAS (Haute Autorité de Santé) vient de publier les montants et la polémique s’est rapidement instaurée. Les sommes versées remettent en question leur indépendance.
Les laboratoires ont parfois tendance à financer généreusement les associations en proposant des centaines de millions d’euros tous les ans. La HAS a donc voulu connaître les sommes réelles versées aux associations. Ces dernières sont-elles réellement neutres ? Les montants sont apparus dans la presse et atteignent plus de 630 000 euros pour Johnson & Johnson par exemple. Depuis 2 ans, les entreprises, qui commercialisent et fabriquent des produits dans le domaine de la santé, ont l’obligation de déclarer à la HAS les associations de malades. Elles doivent donc renseigner le nom et surtout le montant alloué. L’année dernière 356 associations ont reçu au total 5.8 millions d’euros.
La polémique s’installe
Face à ces montants assez importants, la Haute Autorité demande une certaine transparence et notamment un rééquilibrage au niveau du financement. Selon le président de la HAS, Jean-Luc Harousseau, les associations « ont besoin de vivre et ce n’est pas avec les seules cotisations de leurs membres qu’elles peuvent s’en sortir ». Comme le financement provenant du secteur public est faible, elles sont contraintes de se tourner vers le secteur privé. Ce problème de transparence est ancien. L’AFM (Association française contre les Myopathies) avait donc proposé la création du Téléthon en 1987. Malgré les dons reçus par le public, l’association a obtenu l’année dernière près de 142 000 euros provenant des labos pharmaceutiques.
Les associations sont censées rester indépendantes vis-à-vis des laboratoires. Un malaise s’installe puisque les labos qui financent pourraient influencer les campagnes publicitaires, les actions dans le but de favoriser la vente de leur produit. Les sommes astronomiques et surtout le déséquilibre entre les montants attirent donc l’attention. Le président de la HAS reconnaît que les « représentants des malades font un travail formidable, avec des militants dévoués. Mais il faut veiller à ce qu’ils ne soient pas manipulés ». D’un autre côté l’AFH (Association française des Hémophiles) a déclaré par le biais de la directrice générale que les interrogations concernant le financement étaient compréhensibles, car les sommes sont parfois importantes. Pourtant, elle redoute la polémique, car elle « jette une sorte de discrédit sur toutes les associations, alors que nous sommes là pour aider les patients ».