En bref
- Le Magicien d’Oz n’est pas le premier film en couleur.
- A Visit to the Seaside (1908) marque une vraie avancée avec le Kinemacolor.
- The World, The Flesh and the Devil (1914) est considéré comme le premier long récit en couleur.
On associe souvent la naissance du cinéma en couleur à Le Magicien d’Oz. En réalité, le classique de 1939 arrive bien après plusieurs tentatives, des courts métrages et même un long récit déjà tourné en couleur.
Pourquoi The Wizard of Oz ne tient pas vraiment la couronne ?
Le malentendu vient du Technicolor, un procédé qui a marqué les esprits. Le Magicien d’Oz fait partie des premiers grands films en prises de vues réelles à l’utiliser de façon spectaculaire, avec une image produite à partir de trois négatifs noir et blanc correspondant aux couleurs primaires.
Le résultat, on le connaît. Le passage du monde sépia à l’univers éclatant d’Oz, la route jaune, la Cité d’Émeraude. Visuellement, c’est un cap. Mais pas le point de départ.
Avant Technicolor, le cinéma bricolait déjà la couleur
Au début, les caméras filmaient en noir et blanc. La couleur arrivait après, en retouchant la pellicule, parfois image par image, parfois avec des teintes appliquées sur l’ensemble.
C’est le cas de Le Voyage dans la Lune, le court métrage de George Méliès sorti en 1902, dont une version en couleur accentue encore le côté fantastique. Même logique pour La Vie et la Passion de Jésus Christ, en 1903, où certains éléments seulement sont colorés pour attirer l’œil, comme l’étoile au-dessus de la crèche.
On est encore loin d’une couleur naturelle, mais le langage visuel change déjà. Et franchement, pour l’époque, c’est loin d’être anecdotique.
Kinemacolor, la vraie première bascule
Si l’on cherche un premier film réalisé en couleur, le nom qui revient est A Visit to the Seaside, en 1908. Le film ne dure que huit minutes, donc la réponse dépend de la définition retenue. Mais il utilise le procédé Kinemacolor, souvent cité comme une vraie avancée technique.
Le système repose sur des filtres rouge et vert appliqués à une base noir et blanc. L’image reste limitée dans ses nuances, et le procédé exige un projecteur spécial, avec pas mal de défauts. Il ouvre pourtant une porte. En 1912, le documentaire With Our King and Queen Through India l’utilise aussi pour montrer le voyage et le couronnement de George V et Mary of Teck.
Le premier long récit en couleur, selon la définition la plus courante
Si l’on parle d’un film narratif de durée conséquente, The World, The Flesh and the Devil, sorti en 1914, tient la place de référence. Tourné lui aussi en Kinemacolor, ce drame de 50 minutes raconte le complot d’une femme qui veut échanger les bébés de familles riches et pauvres.
Problème, toutes les images du film sont aujourd’hui perdues. Ce qui reste, c’est sa place dans l’histoire. La couleur au cinéma n’est donc pas née d’un seul coup avec Le Magicien d’Oz, mais d’une série d’essais, parfois bancals, qui ont préparé le terrain.