Le Parrain : le film que Francis Ford Coppola ne voulait pas faire

Image d'illustration. Le ParrainParamount Pictures / PR-ADN
Réticent face à une adaptation jugée trop commerciale, il accepte sous contrainte et signe un succès historique.
Tl;dr
- Francis Ford Coppola a hésité à accepter Le Parrain, craignant un projet trop formaté et éloigné de ses ambitions artistiques.
- Il finit par être convaincu par la pression financière et les conseils de George Lucas, qui l’encourage à accepter le projet.
- Le film devient un triomphe mondial inattendu, propulsant Coppola au sommet tout en accentuant son rapport ambigu à Hollywood.
Un cinéaste tiraillé entre ambition et compromis
Francis Ford Coppola, figure majeure du Nouvel Hollywood, incarne une énigme fascinante dans l’industrie du cinéma. Malgré la réalisation de quatre chefs-d’œuvre indiscutables durant les années 1970, dont Le Parrain, Conversation Secrète, et Apocalypse Now, sa trajectoire professionnelle est loin d’être linéaire. Si ces films, étudiés en école de cinéma et toujours en haut du palmarès IMDb, ont façonné sa légende, la suite de sa carrière offre un contraste saisissant.
L’après-gloire : réussites isolées et échecs cuisants
Après cette décennie faste, les projets se sont succédé, mais avec des fortunes diverses. Certains titres comme Peggy Sue s’est mariée ou le grand succès commercial de Dracula ont su convaincre public et critiques. Toutefois, nombre de ses réalisations ultérieures se sont soldées par des revers cuisants : pertes financières abyssales pour The Cotton Club, réception critique désastreuse pour des œuvres telles que Twixt. Son dernier projet d’envergure, Megalopolis, n’a rapporté qu’une infime partie de son budget colossal, renforçant cette image d’un créateur prêt à tout risquer mais rarement récompensé depuis ses premiers succès.
L’origine du refus : la peur du formatage hollywoodien
Ce schéma d’ambivalence s’était déjà dessiné avant même le tournage du Parrain. Déjà en 1968, avec l’adaptation de la comédie musicale Finian’s Rainbow, le réalisateur Francis Ford Coppola connaissait un premier succès financier mais essuyait un rejet cinglant des critiques. Cette expérience l’avait marqué au point qu’il hésita franchement à accepter la réalisation du futur classique signé Mario Puzo. Attaché à une vision plus indépendante du cinéma, nourrie par la Nouvelle Vague et l’esprit anti-système, il craignait que ce projet très formaté ne trahisse ses aspirations artistiques.
L’influence décisive de George Lucas et le paradoxe Francis Ford Coppola
C’est finalement sous l’insistance amicale de son collègue et ami, George Lucas, alors lui-même plongé dans la post-production de THX 1138, que Francis Ford Coppola céda : «On est endettés… tu as besoin d’un job. Je pense que tu devrais accepter ». Un conseil pragmatique auquel s’ajoutait la pression financière qui pesait sur la société fondée par Francis Ford Coppola, American Zoetrope. Ironie du sort : ce qui devait être un simple travail alimentaire devient non seulement un triomphe planétaire (291 millions de dollars au box-office pour un budget initial de 7 millions), mais aussi une victoire ambiguë. À force de vouloir échapper au système hollywoodien, Francis Ford Coppola s’y imposa magistralement, sans jamais perdre ce tiraillement entre indépendance revendiquée et reconnaissance mondiale.