Gaz, électricité, taxes : pourquoi les prix de l’énergie grimpent

Le gaz augmente encore au 1er octobre, avec des effets différents selon les usages. Derrière la facture, il y a le marché mondial, mais pas seulement.

Facture d’énergie devant un compteur
Image d'illustration. Les prix de l’énergie grimpent. — ADN

En bref

  • Le gaz augmente encore au 1er octobre
  • Le chauffage sera le plus touché
  • Marché mondial et taxes pèsent sur la facture

Le même prix, non. Sur une facture de gaz, la hausse ne se voit pas de la même façon selon que vous cuisinez, chauffez l’eau ou tout le logement. Au 1er octobre, le tarif réglementé grimpe de 12,6% TTC en moyenne.

Une hausse qui ne frappe pas tous les foyers pareil

Dans le détail, l’augmentation annoncée par la Commission de régulation de l’énergie varie selon l’usage. Pour la cuisson seule, elle atteint 4,5% HT. Pour un double usage cuisson et eau chaude, on passe à 9,1% HT. Et pour le chauffage au gaz, le saut est beaucoup plus net, avec 14,3% HT.

Ce n’est pas anodin. Le chauffage pèse lourd dans la consommation d’un foyer, donc c’est là que la hausse devient la plus visible. La CRE relie ce mouvement à la flambée, qualifiée d’historique, des prix du gaz sur le marché mondial, qui renchérit l’approvisionnement d’Engie.

Pourquoi le gaz augmente partout en Europe

Le phénomène dépasse largement la France. Plusieurs facteurs se cumulent. D’abord, les stocks sont plus bas qu’à l’habitude, avec 87% des capacités remplies à la mi-septembre. Pas de quoi annoncer une pénurie pour l’hiver 2021-2022 chez les consommateurs français, mais assez pour tendre le marché.

S’ajoute la reprise économique mondiale, elle-même portée par de meilleures conditions sanitaires liées au Covid-19. Plus d’activité, c’est plus de demande en énergie. Et dans le même temps, la Norvège comme la Russie ne peuvent pas augmenter leurs livraisons. Résultat, les cours montent.

Comment se fabrique un tarif réglementé en France

En France, un prix réglementé ne sort pas de nulle part. Il additionne trois blocs, les coûts de fourniture de l’énergie, son acheminement et les taxes. La mécanique est simple sur le papier, beaucoup moins légère sur la facture.

Parmi ces prélèvements, on trouve la CTA, liée aux coûts d’acheminement jusqu’au domicile, la TICGN, calculée selon la consommation en kWh, et la TVA. Celle-ci est de 5,5% sur l’abonnement et la CTA, mais de 20% sur les consommations de gaz naturel et sur la TICGN.

Le sujet ne s’arrête pas au gaz

Depuis le 1er janvier 2019, les tarifs réglementés du gaz d’Engie ont déjà progressé de 31,9% HT. Et environ trois millions de foyers restent concernés par ces tarifs, appliqués en grande majorité par l’opérateur historique.

Hier, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir a demandé au gouvernement une baisse temporaire de la TVA. Son président, Alain Bazot, y voit une charge fiscale excessive et plaide pour une mesure comparable à celle prise en Espagne. Quant à l’électricité, elle pourrait suivre dans les prochaines semaines, car son prix reste très lié à celui du gaz, notamment à cause des règles européennes et des interconnexions du réseau continental.

Vos questions, nos réponses

Qui décide vraiment du prix de l’énergie ?

Pour le gaz réglementé, la Commission de régulation de l’énergie publie l’évolution tarifaire en fonction des coûts observés. Pour l’électricité, la même commission donne un avis, mais l’Etat garde le dernier mot. Ce point compte, parce qu’il montre que la facture dépend à la fois du marché et d’un cadre public.

Pourquoi le chauffage au gaz est-il plus touché ?

Parce qu’un logement chauffé au gaz consomme bien plus qu’un foyer qui utilise le gaz seulement pour cuire ou produire l’eau chaude. Quand le coût d’approvisionnement monte, l’effet est donc plus fort sur les usages les plus gourmands.

La hausse des stocks faibles veut-elle dire pénurie ?

Non. Les stocks plus bas tendent les prix, mais ils ne signifient pas automatiquement qu’il manquera du gaz. Dans ce cas précis, il est indiqué que les consommateurs français ne devraient pas faire face à une pénurie pendant l’hiver 2021-2022.

Pourquoi l’électricité dépend-elle aussi du gaz ?

Parce que les marchés européens de l’énergie sont liés. Les règles communes et les interconnexions des réseaux font circuler l’électricité à l’échelle du continent. Du coup, quand le gaz grimpe fortement, cela finit par peser aussi sur les prix de l’électricité.

Jérôme Nelra

Spécialiste Économie

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