Grèce : le gouvernement doit rassurer à la fois Bruxelles et son peuple
Le gouvernement d'Alexis Tsipras est une situation délicate. Il doit rendre compte à Bruxelles et contente les habitants du pays.
Le gouvernement grec d’Alexis Tsepras est dans une position délicate. D’un côté, il doit garantir aux Européens que l’on se conformera à leurs exigences, de l’autre, il doit rassurer les Grecs sur les marges de manœuvre disponibles pour œuvrer en leur faveur.
Mardi, Athènes a obtenu l’accord de la zone euro à l’extension jusqu’à fin juin du programme d’aide qui maintient le pays à flot, en échange d’engagements de réformes.
Au passage, le gouvernement grec sorti des urnes fin janvier et élu sur une promesse de rupture avec l’austérité, a fait un pas vers Bruxelles sur deux gros sujets qui fâchaient, l’abandon des privatisations – celles achevées ne seront pas remises en cause – et le relèvement du salaire minimum, qui n’est plus ni daté ni chiffré.
Et Athènes, qui voulait s’affranchir de la tutelle de ses créanciers internationaux, « s’est engagée à travailler en étroite union avec les partenaires européens et les institutions ». « Nous serons clairement sous contrôle » notamment de la Commission européenne pendant les quatre mois à venir, a reconnu une source haut placée au ministère des Finances.
« Grand écart »
Mais alors que le journal libéral Katherimini, libéral et critique du gouvernement, titrait mercredi sur « le recul« , l’équipe dirigeante faisait le service après-vente à Athènes, s’attachant à expliquer en quoi les propositions faites à Bruxelles collaient parfaitement avec le programme de Syriza, le parti de gauche radicale de M. Tsipras.
« Le gouvernement Tsipras doit faire un grand écart incroyablement périlleux« , commentait pour l’AFP Susanna Vogt, politologue et directrice de l’antenne grecque de la Fondation Konrad-Adenauer, proche du parti conservateur allemand. « Avec un jeu sur la double communication il essaie de rendre justice aux attentes en tout genre qu’il a suscitées pendant la campagne électorale et depuis l’arrivée au pouvoir », analyse-t-elle.
Alors qu’à Bruxelles Athènes insiste sur le sérieux de ses engagements, mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis, a salué le fait que l’accord trouvé avec les Européens « consiste en des généralités sur beaucoup de points ». Il estime qu’ainsi, les propositions « laissent du champ » au gouvernement pour mener sa politique.
Ainsi mercredi soir, une source gouvernementale indiquait que la vente de 14 aéroports récemment emportée par une société allemande, et « toutes les privatisations en cours », seraient « réexaminées », une formulation plus favorable sans être forcément contradictoire avec la promesse aux créanciers selon laquelle « les procédures d’appels d’offre déjà lancées seront respectées, en accord avec la loi ».
« Dans certains domaines oui, ils ont de la marge de manoeuvre », explique à l’AFP Michalis Spourdalakis, professeur de sociologie politique à l’université d’Athènes. « Ils promettent par exemple d’améliorer la collecte de l’impôt, mais il y a des tas de manière de faire cela, ou bien la modernisation des services publiques, c’est vague, cela peut vouloir tout dire« , relève-t-il.
Tous attendent du concret
Tout ce qui engendrera un coût sera toutefois soumis à l’étroit contrôle des institutions (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international), dans la mesure où Athènes s’est engagé à ne rien dépenser sans financement équivalent.
Pour le moment, le numéro d’équilibriste du gouvernement ne lui a pas aliéné son électorat. Quelques critiques isolées sont venues de l’aile gauche de Syriza, ou du doyen de la gauche, l’eurodéputé Manolis Glezos, 92 ans.
« La plupart des gens dans le pays savent bien, au fond, que pour le moment c’est tout ce que (le gouvernement) était en mesure d’atteindre », commente M. Spourdalakis. Mais « si dans les six mois qui viennent ils font plus de concessions, ou ne s’attaquent pas à certaines choses qui ne coûtent pas un sou, comme les violences policières« , le soutien pourrait rapidement fléchir, prévient-il.
Les gens ont voté Syriza – qui a réalisé un score de 36% aux élections du 25 janvier – « parce qu’ils voulaient un vrai changement dans le pays », relève Mme Vogt, et les électeurs grecs seraient « les vrais perdants » d’un échec du gouvernement.
Dans le même temps les partenaires d’Athènes, dans un premier temps « relativement détendus » face à la rhétorique utilisée par l’équipe Tsipras en interne, attendent maintenant du concret, ajoute-t-elle, et à cet égard « une communication à double entrée ne sera pas d’une grande utilité ».