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Face aux doutes, deux leaders de l’élevage d’insectes montent au créneau

Économie > Industrie > Protéines > Insecte
Par Morgan Fromentin,  publié le 12 mai 2026 à 11h00.
Économie
larves insecte

Image d'illustration. Larves insecteADN

Face aux interrogations persistantes sur leur secteur, deux entreprises majeures de l’élevage d’insectes prennent la parole pour justifier leurs pratiques et rassurer quant à la viabilité de leur modèle industriel.

Tl;dr

  • Liquidation d’Ynsect questionne l’élevage industriel d’insectes.
  • Agronutris et Innovafeed défendent la rentabilité de leur modèle.
  • Controverse sur l’impact environnemental et le soutien public.

L’après-Ynsect : entre incertitude et espoir pour la filière insectes

L’effondrement récent de Ynsect, acteur phare de l’élevage industriel d’insectes, laisse un goût amer dans la filière, notamment au vu des 148 millions d’euros investis en financements publics. Pourtant, deux entreprises françaises, Agronutris et Innovafeed, continuent de croire en la viabilité de ce secteur – mais leurs trajectoires sont loin d’être exemptes de défis.

Doutes sur les bénéfices environnementaux et économiques

Si certains doutent encore de la pertinence économique du modèle, c’est aussi à cause d’un rapport signé par Julie Coumau et Tom Bry-Chevalier. Ces deux doctorants engagés pour la cause animale avancent que les farines d’insectes seraient plus émettrices de gaz à effet de serre que les protéines traditionnelles. S’appuyant sur diverses études, ils dénoncent également le soutien public jugé trop élevé : 60 millions pour Agronutris, 30 millions pour Innovafeed, alors même que, selon eux, « la filière n’a pas fait ses preuves » et que les coûts restent supérieurs aux alternatives conventionnelles.

Poussée industrielle contrariée, mais pas stoppée

Pourtant, du côté des industriels, on se montre combatif. « Notre modèle est vu comme profitable par nos financeurs privés […] notre enjeu reste le volume à prix compétitif », explique Cédric Auriol, directeur général d’Agronutris. Il souligne un « écart abyssal » entre sa structure et celle d’Ynsect, tant sur le plan des coûts que des bénéfices écologiques. Selon lui, certaines fonctionnalités des farines issues de la mouche soldat noire séduisent leurs clients par leur contribution à la décarbonation et à la santé animale.

Aude Guo, cofondatrice d’Innovafeed, balaie, elle aussi, les critiques : « Ils ne connaissent visiblement pas le marché […] nous avons multiplié par dix nos volumes produits tout en divisant par sept nos coûts en trois ans ». Elle rappelle que les subventions publiques ne représentent que 3 % des financements reçus par l’entreprise. Par ailleurs, l’appui d’investisseurs comme Bpifrance, ou encore le fonds qatari QIA (à travers un FCC), a permis à l’entreprise de lever près de 450 millions depuis sa création en 2016.

L’avenir : consolidation ou essoufflement ?

Le parcours industriel n’a pourtant rien eu d’un long fleuve tranquille. Chez Agronutris, après une levée de fonds conséquente et un démarrage lent marqué par des difficultés financières, un nouvel investisseur – la Compagnie des insectes – permet désormais à l’usine toulousaine de repartir sans aide publique dès 2025.

Dans ce contexte tendu, les dirigeants des deux sociétés regrettent que la faillite d’Ynsect ait freiné l’investissement public européen alors que la concurrence mondiale – Chine en tête – accélère. Et tous deux appellent, malgré les revers récents, à ne pas abandonner une industrie encore jeune qui peine certes à convaincre… mais refuse obstinément de tourner la page.

Le Récap
  • Tl;dr
  • L’après-Ynsect : entre incertitude et espoir pour la filière insectes
  • Doutes sur les bénéfices environnementaux et économiques
  • Poussée industrielle contrariée, mais pas stoppée
  • L’avenir : consolidation ou essoufflement ?
En savoir plus
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