En bref
- Django a été interdit au Royaume-Uni pendant près de 27 ans à cause de sa violence jugée excessive.
- Le film a finalement été classé en 1993, puis en 15 ans en 2004, avec l’évolution des standards.
- Devenu culte, le western de Sergio Corbucci a influencé de nombreux films, dont Django Unchained.
Interdit pendant près de 27 ans au Royaume-Uni, Django a longtemps traîné une réputation à part. Ce western italien de 1966, signé Sergio Corbucci avec Franco Nero en tête d’affiche, n’a obtenu une classification britannique qu’en 1993.
Un western jugé trop violent pour sortir
Ce qui coinçait, c’était la violence. Pas juste quelques fusillades de plus que la moyenne, mais un film qui en rajoutait franchement pour son époque. Le héros abat des hommes à la mitrailleuse, participe à un assaut meurtrier contre une base militaire, et subit aussi une scène de représailles où ses mains sont broyées.
Il y a surtout ce passage resté célèbre où un personnage est forcé de manger sa propre oreille coupée sous la menace d’une arme. En 1966, ce genre d’image suffisait à fabriquer un mythe noir autour d’un film. Et Django l’a gardé longtemps.
Pourquoi la censure britannique a bloqué le film ?
Du côté du British Board of Film Classification, le dossier a traîné. Le film a été vu une première fois en 1967 par le censeur britannique John Trevelyan, qui l’a rejeté. Il estimait alors que le long métrage contenait « une violence excessive et nauséabonde ».
Le point important, c’est qu’il ne pensait même pas possible de le couper assez pour lui faire atteindre un classement X, le niveau le plus sévère de l’époque. D’autres distributeurs ont retenté leur chance en 1972 puis en 1974. En 1972, rien n’a bougé. En 1974, une version légèrement remontée a été envisagée pour décrocher ce fameux X, sans aller jusqu’au bout.
Le BBFC considérait alors, en substance, que le film s’attardait avec plaisir sur la violence et que celle-ci en constituait la seule raison d’être. Autant dire que le blocage était total.
Ce qui a changé dans les années 1990 puis 2004
Les lignes ont fini par bouger dans les années 1990, quand le système de classification britannique est passé à un format numérique. Django a de nouveau été présenté, cette fois pour une sortie en vidéo, et il a finalement reçu une interdiction aux moins de 18 ans en 1993.
Le contexte comptait beaucoup. Entre-temps, le public avait vu passer Terminator 2 de James Cameron, mais aussi Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, lui aussi marqué par une scène d’oreille sectionnée. Face à ça, Django paraissait moins extrême. En 2004, le film a même été reclassé en 15 ans. Clairement, les standards avaient changé.
Un film influent, entre héritage d’Akira Kurosawa et postérité pop
Le plus ironique, c’est que Django ne sort pas de nulle part. Le film reprend de façon assez nette la mécanique de Yojimbo, le film de samouraï d’Akira Kurosawa, déjà au cœur du litige qui avait frappé A Fistful of Dollars de Sergio Leone. On retrouve ce décor de petite ville, deux clans rivaux et un héros taiseux qui débarque de nulle part, avec ici la présence de María, jouée par Loredana Nusciak.
Son succès a ensuite déclenché sa propre vague d’imitations, même si seule la suite de 1987, Django Strikes Again, faisait revenir Franco Nero. Des années plus tard, Quentin Tarantino a repris le titre et pas mal d’éléments pour Django Unchained. Et les critiques ont revu leur copie avec le temps, saluant aussi la colère politique qui traverse ce film sale, nihiliste, mais loin d’être oublié.