Comment Nicolás Maduro a profité, comme bien d’autres, de l’or noir pour s’enrichir

Image d'illustration. Caracas venezuelaADN
Le président vénézuélien Nicolás Maduro a profité, à l’instar de nombreux dirigeants avant lui, de la manne pétrolière du pays pour accumuler richesses et pouvoir, dans un contexte de corruption et de gestion opaque des ressources nationales.
Tl;dr
- Fortune de Maduro estimée entre 4 et 9 millions.
- Corruption liée à la rente pétrolière endémique au Venezuela.
- Saisies d’actifs et enquêtes internationales en cours.
Un héritage vénézuélien marqué par la rente pétrolière
De nombreux fantasmes circulent autour de la fortune de l’ex-président vénézuélien Nicolás Maduro, arrêté par l’armée américaine le 2 janvier 2026. Selon différents sites spécialisés, son patrimoine varierait entre 4 et 9 millions de dollars. Pourtant, en août dernier, la procureure générale américaine Pam Bondi annonçait avoir saisi des actifs d’une valeur de 700 millions de dollars supposés appartenir à l’ancien chef d’État aux États-Unis et en République dominicaine : villas luxueuses, voitures haut de gamme, avions privés ou encore bijoux précieux.
Une économie sinistrée, une fortune inexpliquée
Paradoxalement, alors que le dirigeant revendiquait un salaire annuel ne dépassant pas les 45 000 dollars, le pays sombrait dans une profonde crise économique. Depuis 2013, année où Nicolás Maduro succède à Hugo Chávez, le Venezuela est frappé par des sanctions internationales et voit son produit intérieur brut chuter de 74 % entre 2014 et 2020. En 2024, plus de 73 % des foyers vivaient sous le seuil de pauvreté selon une étude menée par Thomas Posado, maître de conférences à l’université de Rouen. Face à cette réalité sociale dramatique, l’origine des richesses présumées du président intrigue.
L’histoire longue d’une corruption institutionnalisée
En s’appuyant sur l’analyse du spécialiste Laurent Delcourt, il apparaît que Nicolás Maduro n’est que l’héritier d’une tradition bien ancrée d’enrichissement personnel lié à la rente pétrolière. Le pays détient les plus vastes réserves prouvées de pétrole au monde, ce qui confère au pouvoir en place un contrôle direct sur environ 80 % des revenus d’exportation. Selon Delcourt : « Nicolás Maduro s’inscrit dans une longue tradition où la manne pétrolière alimente la corruption à tous les étages du pouvoir ».
La liste des dirigeants concernés par ces pratiques s’étend sur plus d’un siècle :
- Juan Vicente Gómez, dictateur jusqu’en 1935, aurait accumulé sa richesse via des concessions opaques accordées aux compagnies américaines.
- Marcos Pérez Jiménez, appuyé par les États-Unis dans les années 1950, a été accusé d’avoir détourné près de 200 millions.
- Carlos Andrés Pérez, après avoir nationalisé pétrole et mines, fut condamné pour corruption en 1993.
Pétrole et enrichissement : un mal qui dépasse les frontières vénézuéliennes
À chaque période politique – y compris sous la « révolution bolivarienne » lancée par Hugo Chávez –, la rente pétrolière a favorisé l’apparition d’une nouvelle élite : la « bolibourgeoisie ». Des réseaux entiers bénéficient ainsi du contrôle du secteur énergétique tant pour leur enrichissement que pour consolider leur pouvoir.
Ce phénomène n’est pas isolé : « C’est aussi le cas au Nigeria, en Angola ou encore en Russie », rappelle Delcourt. Récemment encore, l’ancien ministre du Pétrole Tareck El Aissami a été arrêté avec plus de cinquante personnes dans une affaire impliquant plusieurs milliards. Dans ce climat délétère, la Suisse vient tout juste de geler les éventuels avoirs détenus par Maduro et ses proches afin d’éviter toute fuite illicite.
Alors que le Venezuela reste plongé dans une grave crise sociale, la question des fortunes amassées autour du pétrole continue d’alimenter débats… et enquêtes internationales.