En bref
- Bien avant Star Wars, J.J. Abrams expérimentait déjà ses fameuses intrigues à mystères dans Alias.
- Le parcours de Sydney Bristow présente de nombreuses ressemblances avec celui de Rey dans Le Réveil de la Force.
- Mais là où les films manquent de temps, la série parvient à développer ses personnages sur cinq saisons.
Vingt-cinq ans après ses débuts sur ABC, Alias revient dans la conversation pour une raison simple. La série paraît aujourd’hui comme le brouillon, déjà très solide, de ce que J.J. Abrams fera plus tard avec Star Wars, surtout dans Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force. Et avec le recul, la comparaison n’est pas forcément à l’avantage du blockbuster.
Une série d’espionnage qui servait déjà de terrain d’essai
Lancée en 2001, Alias suit Sydney Bristow, incarnée par Jennifer Garner, une agente double liée à la CIA qui tente de faire tomber le SD-6, une organisation criminelle d’espionnage. La série a duré cinq saisons. J.J. Abrams, son créateur, n’en a supervisé directement que les trois premières.
Sur le papier, le lien avec Star Wars ne saute pas aux yeux. En pratique, il est partout. Alias affine déjà cette logique de « mystery box », la fameuse narration à énigmes successives. La série part d’un thriller d’espionnage, puis élargit très vite son terrain de jeu autour de Milo Rambaldi, prophète et inventeur du XVème siècle, de ses artefacts et de ses prédictions apocalyptiques. C’est là que la machine se met vraiment en route.
Le même moteur narratif jusque dans le parcours de Rey
Ce qui tient le spectateur, dans Alias, ce n’est pas seulement la mission du moment. C’est aussi la question identitaire. Sydney Bristow découvre peu à peu que son histoire familiale est bien plus liée à Milo Rambaldi qu’elle ne l’imaginait, au point de remettre en cause tout ce qu’elle croyait savoir sur elle-même.
On retrouve presque la même impulsion dans Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force. La quête de Luke Skywalker, lancée par Poe Dameron, embarque ensuite Finn puis Rey, jeune récupératrice au passé flou. Quand la Force attire Rey vers le sabre d’Anakin, le film ouvre une série de questions sur son identité et sa place dans cette histoire. Le décor change, pas la mécanique. Sydney Bristow servait de test. Rey en devient la version grand spectacle.
Pourquoi Alias laisse une impression plus aboutie ?
Là où ça se joue, c’est dans le temps disponible. Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force doit raconter son histoire en un peu plus de deux heures tout en préparant la suite. Résultat, pas mal d’éléments restent à l’état de promesse, avec un rythme très serré et peu d’espace pour creuser vraiment les enjeux ou le parcours de Rey.
Alias, elle, avance plus lentement, épisode après épisode, saison après saison. Même après le départ de J.J. Abrams, parti vers Lost, la série continue à dérouler ce fil d’une manière jugée plus organique. La fin n’échappe pas aux critiques, mais Sydney Bristow obtient un trajet plus complet, plus net, que Rey, encore fragilisée par Star Wars, épisode IX: L’Ascension de Skywalker. Et c’est sans doute pour ça que, 25 ans plus tard, Alias garde une vraie longueur d’avance sur le Star Wars de J.J. Abrams.