En bref
- Barry Lyndon a utilisé des objectifs conçus pour la NASA pour filmer à la bougie.
- Stanley Kubrick et son équipe ont relevé d’énormes défis techniques pour capturer cette lumière naturelle.
- Cette prouesse donne au film une esthétique unique, toujours impressionnante aujourd’hui.
Filmer presque uniquement à la bougie au milieu des années 1970, c’était proche de l’impossible. Pour Barry Lyndon, Stanley Kubrick l’a pourtant fait, en s’appuyant sur une technologie conçue au départ pour la NASA. Et le résultat, franchement, reste saisissant.
Des objectifs de la NASA pour un film du XVIIIème siècle
Le point de bascule, c’est un objectif 50 mm f/0.7 commandé par la NASA pour photographier la face sombre de la Lune. Stanley Kubrick en récupère plusieurs, puis les fait adapter à des caméras de cinéma avec l’aide de l’innovateur américain Ed DiGiulio.
Il a aussi fallu corriger des limites très concrètes, notamment la profondeur de champ minuscule, le flou et la gestion de la pellicule. Avec ces ajustements, plus le push-developing, l’équipe a pu capter une lumière extrêmement faible sans ruiner la qualité de l’image. Pour l’époque, c’était une vraie rupture.
Un projet né après l’échec de Napoléon
Avant Barry Lyndon, Kubrick préparait depuis des années un grand film sur Napoléon Bonaparte. Recherches, repérages, logistique, tout avançait. Puis le projet a été abandonné après l’échec commercial de Waterloo, le film de Sergueï Bondartchouk sorti en 1970.
Barry Lyndon, adapté du roman The Luck of Barry Lyndon de William Makepeace Thackeray, a fini par récupérer une partie de cette ambition. Le film, dixième long métrage de Kubrick, suit l’ascension puis la chute d’un Irlandais joué par Ryan O’Neal dans la haute société du XVIIIème siècle. Le tournage, lui, s’est étalé sur huit mois et demi entre l’Angleterre et l’Irlande.
Bougies, fumée, chaleur : un tournage beaucoup moins romantique
Sur le plateau, la méthode avait un prix. John Alcott, directeur de la photographie, racontait à American Cinematographer avoir fait installer des réflecteurs métalliques au-dessus de deux lustres, d’abord pour protéger le plafond de la chaleur, mais aussi pour renvoyer un peu de lumière vers le décor.
Même avec cette astuce, tout restait lourd. Ryan O’Neal expliquait à Filmmaker Magazine : « Le problème, c’était que si la prise n’était pas bonne, il fallait éteindre toutes les bougies et repartir avec des neuves ». Les bougies avaient d’ailleurs trois mèches, ce qui compliquait encore la manœuvre.
Et puis il y avait l’air, ou plutôt son absence. Douglas Milsome évoquait une forte fumée et la nécessité d’ouvrir les fenêtres pour chasser poussière et saleté. Lou Bogue résumait l’ambiance en rappelant qu’avec autant de bougies, l’oxygène manquait vite dans les pièces. Certaines scènes utilisaient des lustres de 70 bougies, avec d’autres sources cachées hors champ pour créer l’illusion.
Pourquoi le résultat reste à part ?
Aujourd’hui, le numérique permet ce genre de prise de vues plus facilement. Mais Barry Lyndon garde quelque chose que la technique seule ne fabrique pas, cette texture de grain argentique qui accroche la lumière chaude des flammes.
Le film aurait mobilisé environ 500 bougies sur l’ensemble du tournage. Et ça se voit à l’écran. Plus qu’un gadget technique, cette lumière donne au film son identité, au point d’en faire encore un des plus beaux films en costumes jamais tournés.