Backrooms : du web à Hollywood, la viralité d’un cauchemar

Image d'illustration. BackroomsA24 / PR-ADN
Apparus sur internet en 2019, les Backrooms désignent un univers fictif issu d’un mème et alimenté par des histoires collaboratives. Ce phénomène en ligne intrigue par ses décors labyrinthiques et son atmosphère angoissante, rapidement devenu culte.
Tl;dr
- Une simple photo de bureau banale devient virale en 2019 et inspire le concept des Backrooms, fondé sur l’esthétique des espaces vides et étrangement familiers.
- La communauté internet construit progressivement une mythologie collective autour de ce monde infini et angoissant, alimentée par forums, creepypastas et récits partagés.
- Le concept fascine par son univers communautaire et mystérieux.
Un simple cliché, une ambiance troublante
C’est une photographie jaunie et banale de bureau qui, contre toute attente, a déclenché l’une des plus grandes fièvres du web contemporain : les Backrooms. Au départ, ce cliché circulait sans bruit sur quelques forums. Mais un jour de 2019, sur le site 4chan, un utilisateur propose de « poster des images inquiétantes qui semblent tout simplement… décalées ». Rapidement, la communauté s’enflamme autour de cette image d’espace vide aux moquettes humides et lumières blafardes. Une légende urbaine se tisse alors, posant les bases du désormais célèbre concept de « liminal horror ».
L’émergence d’un mythe numérique collectif
Porté par l’enthousiasme de nombreux internautes, les Backrooms acquiert sa propre mythologie. Un message clé apparaît : « Si tu fais un faux mouvement et sors accidentellement de la réalité au mauvais endroit, tu te retrouves dans les Backrooms […] environ six cent millions de miles carrés de pièces vides aléatoires pour y errer sans fin ». Très vite, cette histoire angoissante rejoint la famille des creepypastas, ces récits d’horreur générés collectivement sur Internet à l’image du célèbre Slenderman. Forums spécialisés, wikis et subreddits fleurissent pour enrichir ou débattre du récit ; certains privilégient même une atmosphère épurée à l’excès face à l’inflation narrative.
Kane Parsons : la bascule vers le grand écran
Le phénomène prend une nouvelle ampleur en janvier 2022 grâce à Kane Parsons. À peine âgé de vingt ans, ce jeune réalisateur publie sur YouTube « The Backrooms (Found Footage) », s’emparant avec brio du mythe collectif pour y injecter monstres terrifiants et tension visuelle. Résultat : près de 79 millions de vues et un engouement sans précédent. Son interprétation devient la version référence, à l’instar de ce qu’a pu être Marble Hornets pour Slenderman.
Derrière le succès viral : fascination et ambiguïtés
Derrière le succès retentissant, bientôt amplifié par l’adaptation cinéma Backrooms produite par A24, dotée d’un budget conséquent, subsiste la question centrale : pourquoi cet attrait persistant pour les lieux sans vie ni repères ? Pour la scénariste Samantha Culp, c’est précisément cette expérience familière d’espaces désertés qui réactive nos peurs primaires. En somme, les Backrooms incarne mieux que jamais cette capacité unique d’Internet à transformer des images banales en univers partagés, parfois obsédants.