En bref
- Le Département de la Défense américain a ajouté plusieurs entreprises chinoises à une liste noire qui interdit toute collaboration directe avec le Pentagone et envoie un signal négatif au marché.
- Alibaba conteste son inscription, qu’il juge infondée, et estime qu’elle nuit à ses activités et à sa défense juridique, tout en niant tout lien avec l’armée chinoise.
- Le conflit s’inscrit dans un bras de fer plus large entre Washington et Pékin, avec aussi Baidu concerné, sur fond de tensions géopolitiques et industrielles.
Être placé sur la liste 1260H ne déclenche pas automatiquement des sanctions. Mais pour Alibaba, l’effet peut être bien plus large qu’un simple tampon administratif. C’est ce qui pousse aujourd’hui le géant chinois du commerce en ligne à attaquer le gouvernement américain en justice.
Une liste sans sanctions, mais avec de vraies conséquences
La liste mise à jour par le Département de la Défense américain bloque d’abord les relations directes avec le Pentagone. En clair, l’armée américaine ne peut plus faire affaire avec les entreprises qui y figurent, ni utiliser leurs produits ou services par l’intermédiaire de tiers.
Et ce n’est pas tout. Pour les autres entreprises, cette inscription peut servir de signal d’alerte, avec à la clé un risque de restrictions commerciales imposées par Washington. Le géant chinois du e-commerce Alibaba affirme même que cette désignation complique sa capacité à conserver des avocats susceptibles de contester ce label. Résultat, une décision sans sanction directe peut quand même produire des effets très concrets.
Pourquoi Alibaba attaque le gouvernement américain ?
Dans sa plainte, Alibaba demande à être retiré de cette liste noire du Pentagone. Le groupe estime que son ajout n’a aucune base factuelle ni juridique. Il y voit aussi une atteinte à sa liberté d’expression et aux garanties constitutionnelles de procédure régulière.
L’entreprise conteste frontalement l’idée d’un lien avec l’Armée populaire de libération. Selon elle, elle n’est ni une société militaire chinoise, ni un acteur d’une stratégie de fusion civilo-militaire. Le ton est sec, et on comprend pourquoi, l’enjeu dépasse largement l’image.
Le bras de fer a commencé avant la publication finale
L’affaire ne date pas d’hier. D’après les éléments cités par Bloomberg et la BBC, une première version de la liste mentionnant Alibaba avait été brièvement publiée en février avant d’être retirée.
Après cet épisode, le groupe dit avoir engagé un dialogue avec les autorités américaines. Il affirme avoir fourni des éléments pour montrer qu’il ne soutient pas l’armée chinoise, sans obtenir de réponse. Alibaba ajoute qu’aucun membre de son conseil d’administration n’a d’affiliation militaire et insiste sur le fait que ses plateformes servent uniquement au e-commerce et au cloud computing, pas à des opérations d’armement ou de renseignement.
Baidu aussi visé dans la mise à jour du Pentagone
La mise à jour publiée plus tôt ce mois-ci ne concerne pas seulement Alibaba. Baidu, autre poids lourd chinois du numérique, a lui aussi été ajouté à cette liste.
Le Département de la Défense justifie l’inscription d’Alibaba en le présentant comme un contributeur à la base industrielle de défense chinoise via la fusion entre civil et militaire, en raison de ses liens réglementaires avec Pékin. Bon, le dossier est juridique, mais il est aussi hautement politique. Et c’est bien pour ça qu’il compte.