Zika : un virus « plus ou moins oublié » en Polynésie française
Faisant actuellement rage en Amérique latine, le virus Zika a également frappé la Polynésie française en 2013. Un médecin réanimateur présent à Tahiti à cette époque raconte son expérience de l'épidémie.
En 2013, la Polynésie française connaissait sa première épidémie de grande ampleur causée par le virus Zika. Et si, à l’heure actuelle, la mobilisation est de mise en Amérique latine où plusieurs dizaines de milliers de cas ont déjà été observés, les médecins français présents à Tahiti sont quelque peu apparus novices face à l’infection.
Le docteur Sandrine Mons, médecin réanimateur et en charge de l’unité de réanimation du centre hospitalier de Polynésie française à Tahiti, a expliqué au Figaro les prémices de cette épidémie : « Initialement, des patients de tous les archipels ont présenté des symptômes proches de ceux de la dengue (virus endémique en Polynésie), mais les sérotests de dengue étaient négatifs. L’Institut Louis-Mallardé à Papeete a fait le diagnostic d’infection au virus Zika. Le réseau de veille sanitaire est bien développé en Polynésie française : à la mi-décembre, 5.895 patients avaient été repérés par les professionnels du réseau, médecins généralistes, dispensaires des îles plus éloignées, pour une suspicion d’infection au virus Zika. »
Épidémie en Polynésie française : « Le Zika était jusqu’alors considéré comme provoquant une infection bénigne »
Et de poursuivre en indiquant que c’est « au début du mois de novembre 2013 » que l’épidémie de Zika a été plus lourdement considérée, en raison d’« un nombre anormal de patients souffrant du syndrome de Guillain-Barré, qui décrivaient tous des signes compatibles avec le Zika dans les 15 jours précédents ». Les autorités à la fois sanitaires, locales et métropolitaines ont ensuite été mises au courant d’une possible nocivité accrue du virus : « Le Zika était jusqu’alors considéré comme provoquant une infection bénigne, mais avec les cas de Guillain-Barré de plus en plus nombreux, tout le monde a commencé à avoir peur. Ceci a été médiatisé localement. Nous avons fait face à 42 syndromes de Guillain-Barré, dont 16 hospitalisés en réanimation. »
Un risque de tétraplégie pour le patient
Quant aux dangers de la complication représentée par le syndrome de Guillain-Barré, le docteur Mons parle d’un risque pour le patient de « rester tétraplégique avec nécessité d’un support artificiel de ventilation et de nutrition pendant 1 à 2 mois. » Et dans les cas où le malade fait l’objet d’une hospitalisation en réanimation et sous ventilation mécanique, « les séquelles sont parfois lourdes, et un séjour en rééducation est indispensable ». Le médecin se réjouit toutefois qu’aucune mort n’ait été observée en Polynésie française suite à cette épidémie, et d’ajouter qu’aujourd’hui, « Zika est plus ou moins oublié » de la population de cette collectivité qui a depuis dû faire face au chikungunya.