Rachat de SFR : pourquoi l’Autorité de la concurrence temporise

Image d'illustration. SFRADN
Le projet de rachat de SFR par ses concurrents avance, mais l’Autorité de la concurrence prévient déjà qu’un tel dossier, sur un marché serré, ne sera pas simple.
En bref
- L’Autorité juge l’opération loin d’être évidente
- Le dossier n’a pas encore été déposé
- Paris et Bruxelles peuvent encore se disputer l’examen
Passer de quatre à trois opérateurs dans les télécoms français, sur le papier, change forcément l’équilibre du marché. C’est pour cela que le projet de rachat de SFR par Orange, Bouygues Telecom et Iliad est déjà observé de près, alors même que le dossier n’est pas encore sur la table des régulateurs.
Dans un entretien au Monde, le président de l’Autorité de la concurrence, Benoît Cœuré, a expliqué que l’opération « ne va pas de soi ». Il a rappelé qu’il s’agissait d’un rapprochement sur un marché déjà très concentré. En même temps, il n’a pas fermé la porte. Son point est plus fin que le slogan, l’Autorité de la concurrence n’a jamais décrété qu’un passage de quatre à trois acteurs serait, par nature, anticoncurrentiel.
Un marché déjà serré sous surveillance
La vraie question, derrière le montage financier, c’est celle du consommateur. Benoît Cœuré évoque lui-même un questionnement naturel sur une possible hausse des tarifs si l’opération aboutit. Ce n’est pas un détail.
Le rappel historique pèse aussi. En 2005, Orange, SFR et Bouygues Telecom, alors les trois opérateurs mobiles présents en France, avaient été condamnés pour entente illicite. Le parallèle ne vaut pas jugement anticipé, mais il explique la prudence affichée aujourd’hui.
Un accord trouvé, mais encore très loin d’être bouclé
Après plusieurs mois de discussions, un consortium réunissant Iliad, Orange et Bouygues Telecom a signé samedi un protocole d’accord avec Altice France, maison mère de SFR, en vue d’une acquisition. Les trois groupes prévoient de payer au moins 20,35 milliards d’euros pour se partager les activités de l’opérateur, avec une répartition inégale.
Mais l’essentiel commence maintenant. Cette transaction doit encore obtenir le feu vert des autorités de concurrence. Et, pour l’instant, même le terrain de jeu n’est pas arrêté.
Paris ou Bruxelles, l’autre bataille commence
On ne sait pas encore si le dossier sera examiné par l’Autorité de la concurrence en France ou par la Commission européenne. Chaque groupe doit d’abord déposer une prénotification détaillée auprès de l’autorité compétente.
Concrètement, Bouygues Telecom et Orange devront se tourner vers l’instance française. Iliad, lui, devra saisir Bruxelles, en raison du poids de ses activités hors de France. À ce stade, Benoît Cœuré assure que rien n’a encore été transmis et que l’Autorité n’a reçu aucun détail sur le projet.
Les groupes concernés ont déjà fait savoir qu’ils préféraient un examen en France. Reste que, dans ce dossier, la procédure comptera presque autant que le fond. Et c’est souvent là que se joue la suite, bien avant une décision finale.