SpaceX en Bourse : la promesse d’un géant de l’IA dans l’espace

Image d'illustration. SpaceXADN
L’entrée en Bourse de SpaceX affole les investisseurs. Mais derrière l’enthousiasme, le projet repose sur trois défis industriels loin d’être gagnés.
En bref
- La valorisation de SpaceX repose surtout sur un pari très incertain : ses activités actuelles sont solides, mais la croissance future dépend surtout de projets IA encore spéculatifs.
- Le cœur de cette stratégie serait des data centers en orbite et des services IA, avec un marché estimé colossal mais une mise en œuvre encore très floue et techniquement complexe.
- Le projet repose sur des défis majeurs (fusées réutilisables, usines de puces, déploiement massif de satellites), ce qui fait de l’IPO un mélange entre réussite actuelle et pari technologique risqué.
Le chiffre claque, presque trop. Les banques qui accompagnent l’IPO de SpaceX défendent une valorisation proche de 1654 milliards d’euros, quand Morningstar voit plutôt 758 milliards d’euros et Aswath Damodaran, professeur à New York University, environ 1103 milliards d’euros. L’offre d’actions, elle, porte sur 69 milliards d’euros et serait déjà largement sursouscrite.
Une valorisation qui repose sur un gros saut dans l’inconnu
Ce décalage ne sort pas de nulle part. Les deux analyses citées jugent très solides les activités déjà installées de SpaceX, surtout les lancements spatiaux et le réseau internet par satellite Starlink, réputés plus lisibles et à forte marge. Là où tout se brouille, c’est sur la brique IA.
Pour Morningstar, l’écart entre une juste valeur estimée à 63 dollars par action, soit environ 58 euros, et le prix d’introduction de 135 dollars, soit environ 125 euros, ressemble à un pari pur sur la capacité du groupe à déployer ses centres de données orbitaux au rythme promis. En gros, la partie la plus chère du dossier est aussi la plus incertaine.
Le vrai cœur du plan, des data centers en orbite
Dans son document boursier, SpaceX présente sa plus grosse opportunité du côté de l’IA d’entreprise, avec des outils de code liés à l’équipe recrutée chez Cursor et le projet Macrohard, censé donner à des agents numériques des capacités de travail de bureau. La société chiffre ce marché à 20 860 milliards d’euros, bien au-dessus de l’infrastructure IA, estimée à 2 206 milliards d’euros, et de ses activités spatiales, juste sous 1 838 milliards d’euros.
Le souci, c’est que SpaceX a aussi signé des accords pour vendre de la puissance de calcul à Anthropic et Google, qui sont justement des concurrents sur les modèles. D’où une vraie question, pas anodine : le groupe veut-il être fournisseur de calcul, créateur de modèles, ou les deux en même temps ?
Trois verrous techniques qui peuvent tout changer
Le plan de Elon Musk repose sur trois exploits. D’abord, une fusée vraiment réutilisable. Ensuite, une nouvelle fonderie de puces aux États-Unis, baptisée Terafab. Enfin, une montée en cadence très brutale pour fabriquer des satellites IA.
Dans une vidéo publiée cette semaine, Elon Musk a expliqué que SpaceX pensait pouvoir atteindre un rythme annualisé d’un gigawatt par an de calcul IA spatial d’ici la fin de l’an prochain. Il a tout de même nuancé en disant « Ce n’est pas une promesse sur ce que nous ferons. C’est ce que nous allons essayer de faire, et que nous pensons probablement pouvoir faire ».
À puissance maximale de 150 kW par satellite, cela suppose environ 6666 satellites par an, soit 556 par mois. C’est à peu près deux fois le rythme actuel des satellites Starlink, donné à 70 par semaine. Et l’usine dédiée n’existe pas encore. Même flou sur Starship : un test récent a été jugé correct, mais la réutilisation rapide n’a rien d’acquis, et le véhicule fait encore l’objet d’une enquête de la FAA après l’échec du retour contrôlé du booster.
Ce que les investisseurs achètent vraiment
Au moment d’acheter des actions, les investisseurs ne miseront pas seulement sur un champion spatial. Ils achèteront un quasi-monopole d’accès à l’espace aux États-Unis et en Europe, un réseau mondial de communication, et un pari géant sur l’infrastructure IA.
Mais ce pari demande de réussir, presque en même temps, ce que l’industrie met souvent une décennie à construire. Même la NASA, pourtant liée à SpaceX par un contrat de près de 3,7 milliards d’euros pour utiliser Starship comme alunisseur, ne s’engage pas encore sur une mission d’essai prévue fin 2027. C’est toute l’histoire de cette IPO. Une machine déjà redoutable, et un saut technologique franchement vertigineux.