Fos : abandon du vaste projet de méga-usines de panneaux solaires

Image d'illustration. Panneaux photovoltaïquesADN
Le projet de construction de vastes usines destinées à la production de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer ne verra finalement pas le jour, mettant un terme à une initiative industrielle majeure dans le secteur des énergies renouvelables.
Tl;dr
- Le projet de giga-usine Carbon à Fos abandonné.
- Difficultés face à la concurrence chinoise et européenne.
- 3 000 emplois et 1,5 milliard d’euros en jeu.
Un projet industriel d’envergure stoppé net
Le coup est dur pour l’industrie française du photovoltaïque : le projet ambitieux de giga-usine mené par la société Carbon à Fos-sur-Mer, près de Marseille, ne verra finalement pas le jour. L’annonce, tombée mardi, marque la fin prématurée d’une initiative qui prévoyait la création de plus de 3 000 emplois directs et une capacité annuelle de production équivalente à 5 GW d’électricité solaire. Le budget s’élevait à quelque 1,5 milliard d’euros. Pourtant, tous les voyants semblaient au vert lors du lancement en mars 2022.
Les raisons d’un abandon amer
Pourquoi ce revirement ? La réponse se trouve dans l’évolution lente et incertaine du marché européen. Placée en liquidation judiciaire, la société Carbon déplore le manque de visibilité : « Aucune visibilité n’existe aujourd’hui sur l’émergence d’un tel marché », expliquait-elle dans un communiqué. Les obstacles réglementaires s’accumulent, tandis que les espoirs d’un marché réellement souverain s’amenuisent. Selon le président Pierre-Emmanuel Martin, il faudrait encore patienter au moins une année supplémentaire — sans garantie tangible d’un cadre législatif enfin stabilisé.
L’ombre persistante de la Chine sur le solaire européen
Au-delà des difficultés administratives et économiques propres à l’Europe, un autre facteur pèse lourdement : la domination asiatique. En effet, le polysilicium indispensable à la fabrication des cellules photovoltaïques reste produit à près de 80 % par la Chine. Dans ce contexte mondialisé, l’Europe a maintenu ses accords de libre-échange ouverts non seulement à la Chine, mais aussi à l’Inde ou au Vietnam. « L’Europe a décidé de laisser ouverte la porte à tous les pays avec lesquels elle a conclu des accords de libre-échange… Nous, dans ce contexte-là, on considère que ce n’est pas encore mûr », reconnaît Pierre-Emmanuel Martin.
Doutes locaux et concurrence mondiale
Même localement, certains élus restaient sceptiques dès les premières annonces. Interrogé par le média local Maritima, Philippe Maurizot, maire de Fos-sur-Mer, rappelle : « On ambitionnait de concurrencer la Chine dans un domaine industriel qu’elle domine depuis plus d’une décennie… Les Chinois détiennent 85 % du marché mondial et possèdent les 10 premiers fournisseurs de panneaux. » Une réalité difficilement contournable qui explique en partie ce choix douloureux pour l’industrie française.
À travers cette décision, c’est tout un secteur stratégique qui interroge sa capacité à résister aux mastodontes internationaux du solaire.