Dragons et pouvoir : la lecture de Game of Thrones par Margaret Atwood

Image d'illustration. Game of ThronesHBO / PR-ADN
En revisitant la figure des dragons et de Daenerys Targaryen, Margaret Atwood met en lumière les tensions entre mythe, pouvoir et narration dans la série télévisée Game of Thrones de HBO.
Tl;dr
- Margaret Atwood analyse les dragons de Game of Thrones en les replaçant dans une longue tradition mythologique, tout en les considérant chez George R. R. Martin comme des armes plus que comme des créatures légendaires.
- Elle s’intéresse surtout à Daenerys Targaryen, figure de pouvoir féminine complexe qu’elle rapproche de ses propres héroïnes, et s’amuse à commenter ses origines et son évolution.
- Ses pronostics sur l’intrigue se révèlent finalement éloignés du dénouement de la série, notamment concernant Daenerys, Jon Snow et Tyrion Lannister.
L’univers des dragons selon Margaret Atwood
L’auteure canadienne Margaret Atwood, reconnue pour ses romans dystopiques tels que The Handmaid’s Tale ou Alias Grace, s’est, contre toute attente, penchée en 2015 sur les créatures emblématiques de la saga télévisuelle Game of Thrones. Dans une tribune publiée dans le Guardian, elle revient sur la riche tradition des dragons dans la culture populaire, citant au passage les légendes chinoises, galloises ou encore les œuvres de Ursula K. Le Guin, Beowulf et The Hobbit. Selon elle, ceux de George R. R. Martin, bien qu’esthétiques, s’apparentent davantage à des super-armes qu’à des créatures mythologiques sages ou malicieuses.
L’attrait de Margaret Atwood pour Daenerys Targaryen
Pourtant, ce ne sont pas tant les dragons eux-mêmes que leur maîtresse qui fascinait l’auteure. Dans ses écrits, Atwood insiste sur le leadership de Daenerys Targaryen, qualifiée de « personnage auquel on peut adhérer, plus ou moins ». Elle s’amuse même à souligner ses origines fictivement prestigieuses, le sang d’Uther Pendragon, héros arthurien, et sa coiffure « un peu trop elfique », clin d’œil amusé aux codes du genre. Ce choix n’étonne guère quand on connaît l’attachement de Margaret Atwood pour les héroïnes complexes et puissantes : de June Osborne à Grace Marks, son œuvre regorge de figures féminines inoubliables.
Pistes et pronostics… loin de la réalité finale
Lorsque vient le temps des pronostics, Margaret Atwood ne manque pas d’imagination. En toute bonne foi, elle exprimait l’espoir que Daenerys terrasse le « Snow King » (probablement une référence libre au célèbre Night King), tout en spéculant sur une éventuelle descendance Targaryen. L’auteur estimait cependant improbable une union avec Tyrion Lannister : « On hésite à miser sur l’identité du marié… mais peu probable que ce soit Tyrion Lannister, bien qu’il ait un certain panache noble. »
Parmi les éléments marquants évoqués par Atwood :
- Tyrion Lannister, personnage favori, mérite selon elle un sort heureux après tant d’épreuves.
L’ironie du dénouement et héritage culturel
La réalité scénaristique a toutefois pris tout le monde à revers : Daenerys sombre dans la violence aveugle lors du final contesté en 2019 ; c’est Jon Snow qui met un terme brutal à son règne alors que Tyrion survit, et joue même un rôle clé dans la désignation du nouveau roi. Une conclusion loin des espérances littéraires de Margaret Atwood mais révélatrice de la capacité de Game of Thrones à déjouer attentes et paris.
Peut-être aujourd’hui Margaret Atwood se passionne-t-elle pour la série dérivée centrée sur les Targaryen… À voir si elle tentera à nouveau sa chance côté pronostics !